LIVRE TROISIEME. CHAPITRE V 4O
comme une image de Dieu, est précieuse et de grand fruit. Son regard donne la santé. Les rayons de ses yeux communiquent une certaine vertu à ceux qui le contemplent. Sa vue corrige les licencieux et récrée les parfaits. Oh ! que c'est une chose belle et agréable, que seulement en vous montrant, vous profitiez à ceux qui vous voient ! » Ainsi parle ce saint Docteur.
Tertullien nous certifie que, de son temps, le seul aspect de la robe ou du manteau d'un chrétien arrêtait le désir de mal faire ou couvrait de honte ceux qui faisaient mal.
Ne croyez donc point que vous ne puissiez avancer la gloire de Dieu parce que vous n'avez point étudié les belles sciences. La plus belle et la plus utile science est la science des Saints. Vivez saintement, et vous serez un docteur continuel et universel dans votre monastère.
3. Le troisième moyen avec lequel le frère convers doit exercer son zèle, c'est le discours. Il doit avoir le dessein de ne jamais parler que de Dieu, autant que la prudence le permettra, et de s'efforcer d'augmenter toujours son amour dans les cœurs des domestiques et des autres.
a) Il doit considérer, premièrement, qu'en paradis on ne parle que de l'infinie majesté de ce souverain Seigneur et de ses grandeurs. Les Religieux sont aux faubourgs de cette cité des louanges de Dieu, ils doivent en apprendre peu à peu le langage.
Saint Chrysostome ose bien appeler les maisons religieuses un paradis terrestre ; et saint Laurent Justinien écrit que rien en terre n'a une si naïve image du paradis céleste que la vie religieuse et qu'une maison consacrée au culte divin.
Il serait beau de voir et d'entendre des Chérubins et des Séraphins descendus du Ciel, parler de choses basses, ridicules et terrestres !
Cela est bien plus dangereux aux anges de la terre qui
s'efforcent de monter au Ciel. Ils ne seront jamais admis en la compagnie des Esprits bienheureux, qu'ils n'aient la langue purifiée par le feu prisa l'autel de Dieu. Ils y participent toutes les semaines ; ils ne doivent plus avoir des lèvres profanes.
b) Secondement, le dessein des Fondateurs des Ordres religieux est de faire une armée sainte contre les démons. Ils ne désirent point de soldats qui ne coopèrent à leur dessein. Saint Ignace oblige nos frères coadjuteurs d'aider le prochain par des discours et des propos spirituels, selon leur degré.
La Compagnie a estimé qu'ils y auraient un zèle si brûlant, qu'elle' veille à y apporter de la modération à la neuvième de leurs Règles, qui parle ainsi : « Quoiqu'ils doivent tâcher, quand l'occasion commode s'en présente, d'aider et d'avancer en piété le prochain par des discours et des propos spirituels, et de l'exciter à des bonnes œuvres par de bons conseils et des admonitions, principalement à la confession, toutefois ils prendront garde de ne pas outrepasser les bornes que la Règle leur prescrit en ces mots, selon leur degré, de peur de faillir en quelque chose. »
c) Troisièmement, l'expérience montre que les frères religieux qui ont la vertu dans le cœur et de saintes paroles en leurs bouches, font de notables profits pour le salut des âmes. Nous le verrons à la fin de ce chapitre, dans la conversion de saint Romuald. Arrêtons-nous à présent à notre saint frère Rodriguez.
Plusieurs personnages d'une vertu et d'une science recommandables, tant de la Compagnie que séculiers, ont déposé et attesté par serment, que jamais ils n'étaient sortis de sa conversation sans en être devenus meilleurs, et plus animés à continuer avec constance et avec ardeur leur chemin vers le Ciel.
Le docteur Barthélémy Balperge, plein de vaines espérances pour le monde, fondées sur son bel esprit et sur sa haute doctrine, se préparait à de grands efforts pour pa-