‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 255 sur 308 · LIVRE TROISIEME. CHAPITRE S · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. CHAPITRE S

raître dans le siècle avec éclat et avec succès; mais ce fervent coadjuteur lui parla si efficacement de la vanité des choses de la terre, qu'en peu de jours il lui ôta tous ces desseins d'ambition, et le Saint-Esprit le poussa dans un monastère des Chartreux, où il n'eut d'autre prétention que de devenir un excellent serviteur de Dieu.

Le principal fruit de ses discours spirituels parut aux âmes innocentes des écoliers, à qui il avait occasion de parler étant portier. Il les conservait dans la vertu, leur donnait horreur du péché mortel, les exhortait à la confession, à la communion, à l'examen de conscience, à la lecture spirituelle et aux autres exercices de dévotion et de perfection. Et le succès était tel, que plusieurs entraient dans diverses Religions.

Par les mêmes discours fortifiés de ses oraisons, il conservait les Religieux dans leur vocation, et principalement nos frères coadjuteurs. Un novice, ayant déjà redemandé ses habits du monde pour y retourner, alla dire adieu à frère Alphonse. Le Serviteur de Dieu fut vivement touché au cœur de l'inconstance de ce pauvre frère qui couraitàsa ruine. Il fit tout son possible pour le détourner de ce malheureux dessein. Mais dans la vue que la tentation s'obstinait contre les remèdes, il recourut à la Mère de miséricorde, son unique refuge. Il lui demanda avec sa confiance accoutumée un secours extraordinaire pour cette âme aveuglée et qui était sur le bord du précipice. Il entendit cette Mère miséricordieuse, qui lui disait : // ne sortira point. Comme il redoublait sa prière avec plus de ferveur et de Confiance, il entendit pour la seconde fois : 77 ne sortira point. Son ardeur le transportant à la continuation de son oraison, la Vierge lui dit encore : Voici pour la troisième fois que Je te dis qu'il ne sortira point. Et en effet, le novice tenté retourna à ce bon frère, et de là au Recteur. Il lui demanda très humblement pardon de sa légèreté, et l'ayant obtenu avec facilité et avec joie, il persévéra constamment dans sa vocation.

Et puis dites que vous ne pouvez point aider les âmes à leur avancement spirituel. Ayez la première vue à vous perfectionner si bien que votre vertu parle d'un langage muet à tous ceux qui vous envisageront. Ajoutez-y vos paroles et vos prières, et soyez certain que Dieu se servira de vous pour être un instrument de sa gloire.

III. Après avoir vu les moyens que Dieu donne aux frères convers d'aider leur prochain, il nous en faut voir l'application particulière aux serviteurs domestiques et aux autres personnes qu'ils fréquentent.

i. Leur premier soin doit être pour ceux qui servent dans leur monastère. Le feu échauffe et purge d'abord ce qui est près de lui, avant d'étendre son action plus loin.

Efforcez-vous que les vôtres soient des hommes raisonnables, des serviteurs chrétiens et des serviteurs religieux.

A) Persuadez-leur d'agir par raison, et non par des passions brutales et déréglées. Gagnez-les de telle sorte à vous-mêmes, et principalement à vos Supérieurs, qu'ils exécutent ponctuellement tout ce qui leur sera ordonné, d'une volonté prompte et résolue en ce que la nécessité de la maison exigera d'eux, et surtout qu'ils aient une inviolable fidélité, ne faisant nul tort ni à la maison ni à ceux qui y demeurent.

B) Tâchez que vos serviteurs soient des serviteurs chrétiens, qui aient soin du salut de leurs âmes plus que de toute autre chose. Donnez-leur une grande horreur du péché, et entre autres du jurement, de l'ivrognerie et de Fimpudicité. Ayez soin qu'ils se confessent et qu'ils communient tous les mois ; qu'ils prient Dieu le soir et le matin sans y manquer ; qu'ils assistent à la Messe, au sermon et à Vêpres, les dimanches et les jours de fêtes, et qu'ils fassent toutes les fonctions d'un véritable chrétien.

Assurez-vous que si vous les unissez bien à Dieu, il vous les unira davantage, et fera que les biens de la maison

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