‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 256 sur 308 · LIVRE TROISIEME. CHAPITRE V 4II · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. CHAPITRE V 4II

prospéreront et se multiplieront en leurs mains, comme les biens de Laban se multipliaient dans celles de Jacob, et ceux du maître de saint Isidore dans celles d'un si excellent serviteur, pour qui les Anges labouraient pendant qu'il priait.

C) Ayez soin que vos serviteurs soient les serviteurs d'une maison religieuse consacrée totalement au service de Dieu. Contentez-vous, pour les serviteurs d'un bourgeois, d'une vertu proportionnée à l'état de leur maître ; mais élevez les vôtres plus haut, selon l'éminence de votre profession. Les serviteurs des princes et des gentilshommes sont mieux habillés que ceux des paysans ; et l'on juge de la noblesse, des richesses et de la libéralité des maîtres, par les livrées de leurs pages, de leurs laquais et de leurs domestiques.

La même chose arrive d'ordinaire en matière de vertu. Les serviteurs portent dans leurs mœurs et dans leurs façons d'agir et de parler, la bonne ou la mauvaise réputation de ceux qu'ils servent; car le proverbe est très souvent véritable : Tel maître, tel valet. Il est difficile de demeurer longtemps dans une maison infestée de peste sans en recevoir de l'incommodité, et il faut avoir un corps bien mal fait, si l'on ne se porte pas mieux dans un bon air.

Excitez donc vos serviteurs : A fréquenter les Sacrements et les sermons ; — à faire chaque jour, et principalement les fêtes et les dimanches, quelque bonne lecture de la Vie des Saints, ou de quelque livre proportionné à leur capacité, où il y ait une multitude d'exemples de vertu. — Formez-les, s'ils en sont capables, à faire tous les jours, ou au moins le dimanche, un quart d'heure ou une demi-heure d'oraison mentale. Ils la peuvent faire lors même qu'ils travaillent avec l'aiguille, ou qu'ils sont occupés en des exercices qui n'empêchent pas entièrement l'application de l'esprit à d'autres objets. — Persuadez-leur qu'ils soient de la Congrégation de Notre-Dame, où ils apprendront plus que vous ne leur sauriez dire avec beaucoup de soin

et de travail. — Priez leurs confesseurs, ou quelques-uns des plus charitables Pères du logis, de leur enseigner plus particulièrement ce qui concerne la pratique des vertus ; et afin que vous ne vous trompiez pas, et que cela soit plus solide, parlez-en avec le Supérieur.

Dans notre Compagnie, on fait au moins toutes les semaines une fois le catéchisme aux serviteurs, afin de leur apprendre les articles de la foi et les moyens de corriger et de perfectionner leurs mœurs. Prenez garde que personne ne s'en absente, ou par friponnerie, ou à raison des occupations que vous leur donneriez en ce temps-là. Estimez que c'est l'exercice le plus précieux de la semaine, et tenez pour certain que si vos serviteurs servent et aiment Dieu, ils vous seront plus fidèles et plus fructueux, et qu'ils regagneront bien le temps qu'ils mettent à son service et à la piété.

D) Voulez-vous savoir en un mot un secret très excellent pour avoir de bons serviteurs, soyez-leur bon maître. Soyez certain que si vous êtes tel que vous devez être envers eux, bientôt vous les aurez tels que vous les désirez envers vous. Cinq choses principalement vous serviront à ce dessein.

a) Aimez-les, et faites-leur du bien, tant corporel que spirituel. Ayez soin de leur vertu et de leur santé; aidezles dans le travail autant qu'il vous sera possible ; faitesleur tous les plaisirs que vos Règles vous permettront, et vous verrez que dans peu de temps vous posséderez leur cœur et leurs bras.

Saint Martin était fort aimé de son serviteur ; aussi cet homme céleste l'obligeait partout jusqu'à l'excès. Il le déchaussait, il nettoyait ses souliers, il mangeait avec lui, et il lui rendait plusieurs autres bons offices, comme le rapporte Sévère Sulpice.

Saint François Xavier, allant en Portugal avec l'ambassadeur du roi, était aimé et admiré de tous ceux qui étaient avec lui. Aussi leur rendait-il plusieurs services, même des

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