‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 257 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE V

plus bas, jusqu'à panser les chevaux, quoiqu'il fût légat apostolique. Cette humilité ne diminua nullement son autorité, et augmenta beaucoup l'opinion de sa sainteté.

Réglez vos actions par la prudence ; mais ne craignez point que les humiliations raisonnables nuisent à votre réputation, ni au crédit que vous devez avoir sur l'esprit de vos serviteurs. Vous êtes venu en Religion pour servir : ils le savent très bien, et se rebutent lorsqu'ils se voient chargés de plusieurs commandements, sans que l'on porte le bout du doigt à la besogne.

César ne disait jamais à ses soldats : Faites; mais : Faisons. Et la victoire semblait le suivre pas à pas et sursemer de fleurs et de couronnes le chemin par où il passait. Les capitaines sont obligés d'aller à la tête de leur compagnie. Un bon exemple vaut cent mille ordonnances.

Prenez aussi garde que d'autres n'embarrassent point vos serviteurs en divers messages ou commissions, et qu'ils ne s'ingèrent point de leur commander sans l'ordre du Supérieur. Il n'est rien de plus ennuyeux ni de plus insupportable à un valet que d'avoir plusieurs maîtres. Son esprit étant trop partagé, il ne fait rien qui lui agrée, ni à ceux qui en ont la charge particulière. Lorsque l'on voit du désordre en toutes ces petites pratiques, il faut s'enquérir de la volonté de ceux qui ont l'autorité. Ils verront s'ils peuvent ou s'ils veulent que d'autres personnes satisfassent à ceux qui cherchent du secours dans votre office.

b) Faites par vos discours, par vos soins et par vos industries, que vos serviteurs s'affectionnent au bien de la maison comme au bien de Dieu. Efforcez-vous pour qu'ils conçoivent parfaitement que ce qu'ils manient, et ce qui est au logis, est un bien consacré à Dieu d'une manière particulière, et qu'en le conservant et l'augmentant, ils coopèrent aux prédications, aux confessions, aux catéchismes, aux régences et aux autres ministères qui se font pour le salut des autres.

Cettî pensée leur servira d'un continuel aiguillon pour

les poussera leur devoir. Elle leur causera de la joie et de l'allégresse dans les plus pénibles travaux, et leur attirera beaucoup plus de mérites par une intention plus sainte et plus élevée.

c) Ne vous familiarisez point trop avec eux. La familiarité engendre le mépris, et fait reconnaître les imperfections.

Nous admirons les statues élevées au-dessus d'un autel ou du portail d'une église, et si nous nous en approchons d'un peu trop près, nous rions de les voir si massives et si grossières. La sculpture et la peinture paraissent plus de loin que de près pour l'ordinaire.

Ne soyez ni farouche, ni rustique, ni barbare envers vos serviteurs. Ne leur paraissez ni arrogant, ni dédaigneux ; mais doux, affable, bénin et compatissant. Retenez néanmoins une certaine modestie, et une gravité humble et religieuse qui leur donne de l'amour et de la vénération à votre endroit. Si vous ne leur prenez le cœur, vous ne jouirez jamais, à votre contentement, ni de leurs pieds, ni de leurs mains.

d) Prenez garde à vos paroles. Parlez fort peu, quand vous punissez ceux qui sont sous votre charge. Ne les menacez pas souvent, et ne criez pas beaucoup après eux. De longs discours dans la colère ne manquent point d'imperfections.

Si les serviteurs y remarquent de la passion, ils méprisent leurs maîtres au fond du cœur; ils en murmurent, ils en parlent mal, ils excitent les autres à s'en moquer, ils en font des contes par la ville, et ne les servent qu'à demi et à regret.

Lorsque vous les punissez, faites-le dans une telle prudence, une telle charité et une telle modération qu'ils voient que c'est à contre-cœur, et que c'est pour leur profit et pour leur salut. Ils vous en aimeront plus que si vous n'en preniez point la peine. Chacun est volontiers guéri de ses plaies, mais il est bien aise d'avoir un chirurgien dé-

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