‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 26 sur 308 · LIVRE PREMIER. SECTION PREMIERE I I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. SECTION PREMIERE I I

dans une ferveur et une allégresse célestes, et qu'ils remercient Dieu de les avoir appelés à une vocation si sublime et si divine.

Les diadèmes font régner les rois et les princes souverains sur les autres hommes ; et les exercices d'humilité chrétienne et religieuse font régner les religieux sur euxmêmes, et leur ouvrent le royaume des cieux, pour leur en mettre la couronne sur la tête.

IV. Je vous estime trop modeste et trop humble, pour ne pas soumettre votre jugement à ces puissants maîtres de l'univers. Je vous ferai néanmoins encore paraître sur ce théâtre les hommes savants, pour un plus grand affermissement dans l'opinion que votre état est un des plus à souhaiter et à priser qui soient dans tout le monde.

La science mondaine enfle et remplit l'esprit d'un vent si impétueux qu'il porte le cœur en l'air et dans une vaine élévation jusqu'aux nues, et lui fait former mille extravagances pour se rendre admirable aux yeux des hommes. Elle tâche d'y reluire, ainsi qu'un iris diversifié d'une infinité de couleurs.

Gorgias se plaisait à paraître aux assemblées publiques de la Grèce. Il y montait sur une haute tribune, et se vantait d'avoir une si parfaite connaissance de tous les arts et de toutes les sciences, qu'il s'offrait à discourir sur-lechamp, et pertinemment, de toutes les matières que les plus curieux lui voudraient proposer. Il ajoutait de plus, qu'il avait fait de ses propres mains son chapeau, ses souliers, son manteau et tout le reste de ses habits. C'était un ballon plein de vent qui n'attendait qu'une main favorable pour être poussé et élevé en haut.

V. Mais la science des Saints est solide, et pousse l'homme sage et vertueux vers la terre, d'où il a pris son origine, afin que son néant et ses misères le retiennent dans la modestie et dans le devoir. Elle n'a prétention à aucun éclat, qu'à celui de la pourpre du sang de son Sauveur. Elle n'a nulle ambition d'élévation, sinon de celles du

Calvaire et de la Croix, pour s'y vivifier avec les saints Elzéar et Bonaventure.dans les plaies de son très humble et très aimable Rédempteur.

VI. C'est la science suréminente en laquelle se glorifiait saint Paul. Elle préfère la connaissance de soi-même et les exercices d'humilité, aux spéculations du ciel et de la terre et aux amusements des vaines et inutiles fantaisies qui se rencontrent dans la recherche des curiosités naturelles. Nous en trouvons même qui ont désiré par cette science de cacher sous l'habit des frères convers tout le lustre des connaissances mondaines, afin de servir Dieu avec plus de solidité et de sûreté, comme nous l'avons déjà dit de saint Antoine de Padoue, qui était très docte avant son entrée en religion.

Lanfranc en a aussi donné un très illustre exemple. Il était dans une si haute réputation, qu'il était tenu pour le plus subtil et le plus excellent philosophe de son temps, et pour la lumière et le maître des théologiens. Dans l'expérience que sa doctrine ne lui donnait pas assez de fermeté de coeur pour supporter les afflictions, il se jeta dans un monastère, y prit l'habit de frère convers, et y demeura comme une personne qui n'avait nulle intelligence des belles-lettres. Il y fit de si grands progrès dans la vertu, qu'étant découvert par des marchands italiens, il devint enfin archevêque de Cantorbéry, en Angleterre, par la contrainte que le Pape lui fit d'accepter cette charge, qui est la première du royaume.

Alain était si excellent en théologie, si subtil en philosophie et si ingénieux en poésie, qu'il acquit le surnom de docteur universel. Un jour, comme il se promenait sur le rivage de la Seine, roulant dans son esprit un sermon sur la très sainte Trinité, il aperçut (ainsi qu'un autre saint Augustin) un Ange sous la figure d'un enfant, qui tâchait d'épuiser ce fleuve, versant l'eau dans une petite fosse qu'il avait creusée. Alain, à la vue de cette occupation enfantine et inutile en apparence, se prit à rire, et l'avertit

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