‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 267 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VI ^.3 I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VI ^.3 I

les autres vertus qui sont nécessaires aux frères convers dans la conversation.

5. La cinquième vertu très nécessaire au frère qui accompagne les prêtres dans les visites par la ville, c'est la dévotion. Par l'aide de cette vertu, il se peut rendre très fructueux dans les prisons, dans les hôpitaux, et dans toutes les maisons des particuliers bourgeois. L'étendue des misères qui lui frappent les yeux et le cœur l'excitant à prier avec plus de ferveur, ses prières donneront une efficacité particulière aux discours et aux travaux du prêtre qui assiste les malades et les autres personnes.

Prenez-y votre chapelet, ou vos Heures, ou quelque livre spirituel. Méditez de la vanité du siècle, des infortunes de ceux qui y sont engagés, du bonheur de la vie religieuse, des joies du paradis, et de choses semblables, en prenant occasion de ce que vous voyez et de ce que vous entendez. Repassez par votre mémoire l'oraison du matin, la vie du Saint de ce jour-là, la lecture de table, les moyens de venir à bout de ce que vous avez entrepris dans votre examen particulier, et d'autres bonnes pensées. Lorsque vous êtes au logis, vos offices vous travaillent et vous distraient, Dieu vous offre ce repos pour vaquer à l'oraison et à la lecture, ne le laissez pas écouler sans profit. Si vous vous y accoutumez sérieusement, vous trouverez, comme saint Félix, capucin, le même recueillement par les rues et par les places publiques que dans votre oratoire.

La pratique de saint Alphonse Rodriguez, prudent et vertueux serviteur de Dieu, vous sera d'un très grand profit. Il apportait une diligence extraordinaire à ses dévotions, quand il sortait en ville par obéissance ; de crainte que les occasions ne lui fissent perdre ce qu'il avait gagné au logis.

a) Avant de sortir il allait saluer le Saint Sacrement, et lui disait avec des élans de dévotion : « Mon Dieu et mon Sauveur, si je vous dois offenser en cette soriie que je fais

par votre commandement, ôtez-moi la vie avant que je franchisse le seuil de la porte du collège. Je n'ai point d'autre vie que vous, et n'en veux point avoir du tout hors de vous, qui êtes tout mon bien et tout mon bonheur. Je mourrai mille fois plutôt que de vous être désagréable par mon péché, quelque petit qu'il puisse être. »

b) Il disait aussi à la Sainte Vierge, sa bonne Mère et avocate : « Très Sainte Vierge, Mère de mon Dieu, je vous prie le plus affectueusement qu'il m'est possible, d'être mon avocate et ma médiatrice, et de m'obtenir de votre très doux et très cher Fils ce que je lui demande. Monstra te esse matrem, sumat per te preces, qui pro nobis natus, tulit esse taus. »

c) En sortant de la porte, il faisait le signe de la croix, et disait : Vias tuas, Domine, demonstra mihi, et semitas tuas edoce me. Que pouvait commettre ce bon frère, s'étant armé de la sorte?

d) Dans les rues et dans les places publiques, il était recueilli comme dans sa chambre. Il voyait et ne voyait pas les passants ; il les entendait et ne les entendait pas, parce qu'il avait toujours quelque sainte pensée qui l'occupait. Il parlait à Dieu avec la même facilité parmi la foule du peuple, qu'au coin le plus retiré de sa chambrette.

e) Ses paroles sur ce sujet sont remarquables, et nous en apprenons le soin qu'il avaitde garder ses yeux :« Quand, dit-il, tu sortiras par les rues de la ville, tu marcheras le cœur élevé vers le Ciel, selon ce passage de l'Ecriture : Oculi mei semper ad Dominum. Tu auras une si grande modestie, que tu ne regarderas ni à droite ni à gauche, ni même devant toi, plus qu'il t'est nécessaire pour poser convenablement tes pieds. Ton recueillement doit être tel que tu ne voies que ce qu'il faut pour ne pas faire un faux pas et pour rendre le salut à celui qui te saluera, ou à celui qui saluera ton compagnon. »

f) Pour ce qui est des paroles, il s'était prescrit cette

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