‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 268 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VI

loi : « Si étant dans une maison tu parles à quelqu'un, de quelque condition qu'il soit, tu prendras soigneusement garde de conserver la modestie, soit dans la communication avec les grands, soit avec les personnes de médiocre et basse naissance. Tu auras le même soin en travaillant ou en donnant conseil. A cet effet, tu élèveras ton cœur à Dieu, le priant qu'il te fasse la grâce que toutes tes paroles et tes actions réussissent à sa plus grande gloire. » Ainsi parlait et agissait ce fervent Religieux. C'est notre frère, imitons-le, de peur qu'il ne devienne notre juge.

6. Enfin, la sixième vertu nécessaire aux frères convers qui accompagnent un prêtre en ville ou aux villages, c'est la charité, qui est l'âme de toutes les vertus. Elle doit donner tout le mouvement, la vie et l'action au Religieux et à ses visites. Elle le fait partir du logis. — Elle le conduit et le maintient au temps de la visite. — Elle le ramène dans sa petite chambre comme dans son asile et sa forteresse.

Premièrement, la charité pousse le Religieux hors de sa petite cellule, où il est comme un oiseau du paradis dans son nid, occupé à la contemplation du Ciel et au mépris de la terre. Aussitôt qu'elle l'avertit que le Supérieur l'envoie dehors, il ne s'informe point pour quelle affaire ou en quel lieu, mais il court au Saint Sacrement pour offrir à Notre-Seigneur tout son voyage, et lui demander les secours nécessaires et efficaces pour s'y comporter vertueusement. De là il vole à la porte, sur la considération que c'est Dieu qui l'appelle, que de cette promptitude dépend peut-être le salut d'une âme ou de plusieurs, et que le retard pourrait être cause de leur damnation, ce qui lui apporterait un regret éternel.

On nous appelle pour un malade qui a la mort sur les lèvres, ou pour une personne qui est sur son départ, ou qui dans peu de temps sera embrouillée dans des affaires qui rendront inutile la visite du prêtre qui est appelé.

Nous devons considérer que souvent il se passe beaucoup de temps avant qu'on nous avertisse. Il faut trouver un serviteur ou une servante qui vienne au monastère. — Le voyage emporte du temps, avant que ceux-ci y arrivent. — Le portier ne vient pas toujours au premier son de la cloche. — Il a souvent de la peine pour avertir le Supérieur, et savoir quel compagnon il veut assigner. — Il ne trouve pas toujours le confesseur dans sa chambre. Il a fallu vous chercher par La maison. — En suite de toutes ces longueurs, serait-il juste de faire le difficile et de témoigner que ce n'est qu'à regret que vous sortez?

Le premier motif donc qui vous doit donner le feu de la charité pour cette sortie, c'est le péril où vous vous mettez par votre paresse de faire périr une âme pour laquelle Jésus-Christ a versé tout son sang, et pour laquelle il le verserait encore volontiers. Il en assura saint Carpe, lorsque, par un zèle trop brûlant, celui-ci eût voulu pousser promptement deux impies dans les enfers, afin de se délivrer de la crainte qu'ils n'en corrompissent d'autres.

Il dit encore davantage à sainte Brigitte par ces mots : « Je suis la charité même. Et s'il pouvait se faire que je mourusse autant de fois qu'il y a d'âmes dans les enfers, je le ferais de très bonne volonté, et avec une très parfaite charité. Je suis tout prêt à souffrir pour une seule âme la même mort et la même passion que j'ai souffertes pour toutes ensemble. »

Le second motif de diligence se prend du péril que la paresse ne soit cause que les séculiers n'envoient pas si souvent et si librement demander du secours dans votre monastère, si une fois ils trouvent de la difficulté à tirer hors de leur fort ceux à qui ils veulent confier leurs âmes.

Le troisième motif se tire de la part des prêtres, qui sont très dégoûtés et très refroidis par la mauvaise humeur d'un compagnon dédaigneux et mécontent. Ils sont déjà

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