‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 271 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VI ^.3cj · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VI ^.3cj

Tantôt ils paraissent élevés jusqu'au Ciel par une vainc espérance, tantôt ils sont précipités jusqu'aux abîmes par le désespoir. Les avares sont ensablés dans une terre mouvante et visqueuse. Ils ne peuvent ni affermir leur pied sur des richesses de fange et de limon, ni en retirer leur convoitise. Les voluptueux sont abîmés dans les eaux de leurs plaisirs, qui les environnent de toutes parts et les étouffent en les remplissant. Un petit nombre de personnes plus avisées se sont jetées sur le rivage et se sont mises à l'abri de la tempête, mais toutes fracassées et toutes meurtries des coups qu'elles ont reçus par les débris du navire et par le choc des écueils.

Ce pitoyable spectacle doit tirer aux Religieux des larmes de compassion, et animer leur charité et leur zèle à y porter la main, et donner la vie et la santé à tous ceux qu'ils pourront secourir. Nous trouvons que les Saints en ont toujours usé de la sorte, soit qu'ils fussent prêtres, ou qu'ils fussent seulement frères convers. Contemplons-en quelques-uns, pour nous réchauffer dans leurs flammes.

Saint Pacôme, la lumière des Religieux de l'Afrique, à la seule vue des idolâtres, fondait tout en larmes, et offrait ensuite plusieurs prières et plusieurs mortifications à Dieu pour leur conversion. Il leur prêchait, et à tous les autres, avec une telle piété et une si admirable modestie qu'il était écouté, non pas comme un homme, mais comme un Ange.

La charité de Pambo, religieux d'une vertu consommée, vient encore mieux à notre propos. Il n'avait point étudié, et cependant saint Athanase le tira de sa cellule, et le fit venir à la ville d'Alexandrie, pour sa propre consolation et pour le salut de son peuple, qui se réglerait sur son exemple. Ce fervent frère aimait Dieu si, tendrement, qu'ayant aperçu une femme débauchée, il se prit à pleurer à chaudes larmes. Interrogé sur la raison de sa douleur, il répondit : Hélas! comment voulez-vous que Je contienne mes larmes et mes sanglots, en voyant la perte de cette

créature, faite à l'image et à la ressemblance de mon Dieu ; vu principalement qu'elle apporte plus de soin et plus de peine pour se perdre et pour perdre les autres, que ?noi pour me sauver et plaire à mon Sauveur? Sur cette pensée, il fit plusieurs prières pour la conversion de cette malheureuse et de tous les autres pécheurs.

Frère François de l'Enfant-Jésus, Carme déchaussé, était admirable en son zèle très enflammé et très actif. Il vivait sans cesse dans des soins très religieux pour empêcher tous les péchés qu'il pourrait. Et pour venir à bout d'un si louable dessein, il n'épargnait aucun travail.

Durant le jour, il s'informait s'il y avait des personnes de mauvaise vie en quelque lieu, et durant la nuit il faisait pour leur conversion de longues et ferventes prières, qu'il fortifiait de rudes et sanglantes disciplines, de sorte que le pavé était tout couvert de son sang.

S'il apprenait que quelqu'un fût en péché mortel, il n'avait point de repos qu'il ne le vît hors de ce misérable état. Aussitôt qu'il était averti que quelques concubinages donnaient du scandale, il faisait tant de diligence, qu'il retirait ces perdues en quelque honnête maison, et leur procurait une dot et un ameublement pour se marier.

Il ne désespérait pas même de convertir les femmes les plus débauchées et les plus publiques. Il suppliait de sages matrones de les mener aux sermons des prédicateurs fervents et remplis d'un zèle efficace, capable de les retirer de leur mauvaise vie. Sa confiance en Dieu était si grande, qu'il leur promettait sur les comptes de l'Enfant-Jésus, l'argent nécessaire afin de se pouvoir marier, ou de se mettre en quelque maison de repenties. A cet effet, il fit bâtir à Alcala un logis exprès pour les retirer, et pour les y nourrir et entretenir, jusqu'à ce que leur subsistance fût assurée. De plus, il négocia avec tant de ferveur et d'industrie auprès du cardinal Dom Gaspard de Quirogue, archevêque de Tolède, qu'il aida à fonder le couvent de la Madeleine dans la même ville, et qu'il paya la rente de

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