LIVRE TROISIEME. CHAPITRE VI
celles qui voulurent y être religieuses. Ensuite, ce fervent zélateur des âmes en fonda un autre à Valence, où le roi catholique, la reine et toute la cour lui firent beaucoup d'honneur. Le roi l'invita à sa table, et favorisa son dessein. La cour néanmoins s'étant retirée, il se rencontra de très grandes difficultés dans l'exécution de cette bonne oeuvre. Le frère François ne perdit point courage, et Dieu le fit réussir d'une façon merveilleuse. Tout le pays étant affligé de peste, il promit que ceux de Valence n'en seraient point infectés, moyennant qu'on bâtît une maison pour les femmes pénitentes. Il parlait avec assurance, appuyé sur une révélation qu'il en avait eue, comme il le déclara au Patriarche de la même ville. Enfin il vint à bout des jurés ou échevins qui s'opposaient à lui ; et ainsi tous les habitants furent préservés miraculeusement de cette contagion, universelle dans tout le royaume. Son zèle ne put être renfermé dans les murailles de la ville. Il parcourut les campagnes avec le Patriarche de Valence, qui le menait avec lui dans ses visites, afin de profiter de ses exemples et de ses conseils, et de s'entretenir de discours spirituels, qui réparassent ses forces et sa ferveur après de grands travaux. Ce fervent convers agissait en ces visites dans une si sainte et si brûlante ardeur, qu'il était presque toute la journée avec les enfants, leur enseignant la doctrine chrétienne, et chantant quelques couplets qu'il avait faits. Les uns étaient à la louange de l'Enfant Jésus, pour les affectionner à son amour; les autres touchaient la réformation des mœurs, afin de les exciter à une tendre affection pour la vertu. Après les avoir réunis tous ensemble, il leur faisait un discours simple et fervent, où il les exhortait à honorer leurs parents, à prier Dieu avec dévotion le matin et le soir, à avoir en horreur le péché mortel, à ne point jurer, à ne jamais dire de paroles déshonnêtes, à fuir le mensonge, à ne point causer à l'église, à y porter son chapelet et ses Heures et à y prier attentivement. Il leur enseignait aussi les articles et les mystères de notre
sainte Foi ; et il s'occupait dans ce saint exercice avec une telle chaleur et une telle assiduité, qu'il l'en fallait arracher pour lui faire prendre ses repas.
Sébastien Cabarase, coadjuteurde la Compagnie de Jésus, fit une héroïque entreprise dans la campagne, et en vint heureusement à bout. Il était si ardent zélateur de la gloire de Notre-Seigneur, qu'il osa aller trouver le chef des voleurs qui ravageaient tellement le territoire de Messine, en Sicile, qu'en un seul mois ils avaient assommé plus de deux cents hommes. Il lui parla avec une telle prudence, une telle piété et une telle ferveur, qu'il amollit ce cœur de roche, lui donna son chapelet et une image de Notre-Dame pour l'invoquer avec plus de dévotion.
Au bout de huit jours, l'étant allé revoir, il le trouva avec son chapelet et son image en main, les yeux baissés et noyés dans les larmes. Il remua si sagement et si efficacement son esprit, qu'il résolut d'être capucin avec un de ses compagnons, pour faire pénitence de ses crimes. Il exécuta sa résolution avec une ardeur merveilleuse, qui remplit d'étonnement et de contentement toute la province.
Rien n'est impossible à Dieu, et souvent il se plaît à faire ses plus grandes merveilles par les plus faibles instruments, afin que la gloire n'en soit attribuée qu'à sa divine majesté.
Que si vous n'osez pas vous promettre de si heureux succès par votre industrie, coopérez au moins volontiers avec ceux qui s'emploient à l'aide des malades, des prisonniers et des pécheurs. C'est pour cette raison que saint Ignace, notre fondateur, a donné le nom de coadjuteursk nos frères, et le bienheureux Pierre Fourier, homme admirable en vertu, et réformateur des chanoines réguliers de la Congrégation de Nôtre-Sauveur, a appelé ceux de son Ordre adjuteurs, parce qu'assistant les prêtres dans leurs fonctions, ils sont leurs aides et leurs coopérateurs.