‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 276 sur 308 · LIVRE TROISIEME. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. CHAPITRE VII

Premièrement, le murmurateur est injurieux à luimême, et se met dans un si pitoyable état, que, comme l'assure l'abbé Pasteur, il ne mérite pas d'être appelé religieux : car le murmure est une faiblesse d'esprit, et un signe certain qu'une personne est malade et a le cœur offensé.

Les malades sont d'ordinaire plaintifs, et s'efforcent de donner de l'air à leurs maux, pour soulager leur cœur qui se sent oppressé.

Les plaintifs, par une mutuelle correspondance, sont malades, et n'ont ni les forces ni le courage de marcher par le sentier du paradis sous le fardeau qu'on leur met sur les épaules. Ils désirent le jeter à bas et se reposer sous quelque ombre trompeuse et mensongère, et font tous leurs efforts pour y parvenir.

Une âme courageuse est une palme, qui a le cœur en haut, et s'élève d'autant plus vers le ciel que vous la courbez davantage. Elle est un généreux dauphin, qui bondit au milieu de la tempête, et se tient sans cesse victorieux et triomphant au haut des flots.

Saint Paul était de cette nature, et il témoignait aux Corinthiens qu'en toutes ses afflictions il se trouvait comblé d'une joie surabondante.

Le docteur Thaulère rencontra un mendiant dénué de toutes les commodités de cette vie mortelle, qui lui certifia qu'il n'avait trouvé aucun jour qui ne lui fût plein de lumière et de contentement, parce qu'il voyait toujours Dieu présent à travers tous les nuages, et en recevait sans cesse les aimables rayons d'une paternelle providence.

Secondement, le murmurateur est injurieux et insupportable à toute la communauté dans laquelle il vit. Il est onéreux aux particuliers, à qui il rompt les oreilles par le bruit continuel qu'il fait et à qui il soulève le cœur par ses imperfections. 11 est semblable à certains torrents des Alpes, qui, tombant du haut des rochers, font un murmure épouvantable, et rencontrant de la terre noiie, sont hor-

ribles et désagréables à la vue, comme le savent ceux qui ont passé par la vallée de Maurienne, qui vraisemblablement a tiré son nom de cette noirceur.

Le murmurateur est très fâcheux à tous les officiers subordonnés, qui ont soin de la cuisine, du réfectoire et du reste. Rien ne lui est agréable, et pour action de grâces, il ne rend que des grondements. Saint Bernard nous décrit plaisamment ces délicats: «Que vous sert-il, dit cet homme céleste, d'être retirés du siècle et de vous priver de ses voluptés, si vous vous amusez avec un soin scrupuleux à contenter votre goût, et à rechercher votre santé dans les viandes propres à votre complexion, à vos désirs et à votre imagination?

« Les légumes, à votre dire, sont pleins de vent; le fromage charge l'estomac; le lait nuit à la tête ; votre poitrine ne peut supporter l'usage de l'eau ; les choux nourrissent votre mélancolie; les poireaux allument la bile; les poissons des étangs et des eaux bourbeuses ne sont nullement propres à votre naturel.

« Vrai Dieu ! Quels discours, et quel grotesque ! Tous les fleuves, toutes les campagnes, tous les jardins et toutes les boutiques ne pourront satisfaire l'appétit d'un moine, qui fait profession d'un abandonnement général de toutes les délices pourTaire pénitence de ses péchés.

« Souvenez-vous, je vous prie, que vous n'êtes point venu dans ce monastère en qualité de médecin, mais en qualité de pénitent et de religieux. Méditez avec attention qu'à la fin du monde on ne vous jugera point selon la bonté de votre complexion, mais selon votre Règle, selon votre profession, et selon vos actions bonnes ou mauvaises.

« Je vous en supplie très instamment, ayez égard à votre repos et à la tranquillité de votre esprit. Considérez ensuite, et soulagez de tout votre pouvoir la surcharge des officiers, l'incommodité de la maison, et votre propre conscience; ou plutôt ayez égard à la conscience de ceux qui

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