‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 278 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VII 45 I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VII 45 I

amertume. Turcius Rufus, qui fut consul avec Présidius, du temps de l'empereur Anastase, le remarque, et admire cette malignité chez les Juifs, qui murmurèrent de la manne même, et s'attristèrent de ce que Dieu leur donnait • toujours ce pain du Ciel, pétri par la main des Anges, et qui contenait toute sorte de saveurs.

En second lieu, les Fondateurs des Religions ont ordonné de notables punitions pour dompter ces esprits revêches. Saint Pacôme, fort expérimenté dans la vie religieuse, avait ordonné dans sa Règle (ou plutôt l'Ange qui la lui avait dictée) qu'aussitôt que l'on reconnaîtrait un Religieux qui murmurerait, on l'avertît en lui montrant avec soin son imperfection ; que si, après cinq avis, il ne modérait sa langue, on le mît dans l'infirmerie comme un malade, et qu'on l'y nourrît sans rien faire, privé de tout office, jusqu'à ce qu'il se fût amendé, et qu'il eût bien reconnu sa faute.

Saint Basile, l'oracle de l'Orient, traite les murmurateurs comme des pestiférés et des excommuniés. Il commande en sa Règle qu'on les sépare totalement de la Communauté, avec tout ce qui est à leur usage.de crainte qu'ils ne communiquent leur infection aux autres.

En troisième lieu, la principale punition de ceux qui se laissent emporter à ce vice, vient de Dieu même, qui en prend vengeance et en cette vie et en l'autre, comme il l'a déclaré évidemment.

Sainte Véronique, sœur converse, fut une fois ravie en extase, et vit les divers tourments des âmes qui sont en purgatoire, et que l'un des crimes les plus grièvement punis est le murmure contre les Supérieurs et contre les confesseurs, et la paresse dans l'exécution de leurs commandements. Elle vit même que certaines Religieuses qui étaient pour lors dans ces flammes purifiantes, eussent été damnées, si elles n'eussent reçu l'absolution de ces péchéslà dans le sacrement de Pénitence.

Dès cette vie Dieu punit avec rigueur les murmurateurs.

Nous le voyons à l'œil et le touchons au doigt dans les sévères châtiments infligés aux Israélites, lorsqu'ils étaient au désert. Ils étaient la figure des Religieux qui se retirent de l'Egypte, pour servir plus librement Dieu dans la solitude, et pour lui faire des sacrifices plus agréables. Considérons leurs chutes et leurs peines, afin de profiter par leurs exemples.

Ils murmurèrent contre Moïse, à raison du trop long et trop pénible chemin qu'il leur faisait faire dans les sables de l'Arabie déserte. Dieu prit ces plaintes comme faites contre lui-même. Il envoie le feu du Ciel, disent les docteurs hébreux, pour brûler ces paresseux, et faire doubler le pas aux autres.

Ces grondeurs se fâchèrent de ce que chaque jour la manne tombait du Ciel pour leur nourriture : leur appétit demandait de la chair avec impatience et avec tumulte. Ils criaient à pleine tête après ce qu'ils désiraient, et regrettaient les aulx et les oignons de l'Egypte. Dieu se montra si libéral envers ces ingrats, qu'il fit pleuvoir une nuée de cailles, qui remplissait l'espace d'une journée de chemin de tous les côtés de leur camp. 11 les leur rendit si faciles à prendre, qu'en deux jours trois millions de personnes en prirent quatre mille millions, selon la supputation de quelques-uns; de sorte que chacun en pouvait avoir pour sa part mille trois cents. Cela n'est pas tout à fait certain. Mais il est très assuré qu'ils furent très sévèrement châtiés, et qu'un grand nombre de ceux qui avaient murmuré moururent, soit qu'ils fussent étouffés par ces viandes prises avec excès, ou qu'ils fussent consumés par le feu. Sévère Sulpice écrit qu'il en mourut vingt-trois mille.

Ils murmurèrent contre Moïse et contre Aaron, de ce qu'ils les avaient retirés de l'Egypte, pour les amener dans une terre, quoique très fertile, où demeuraient des géants, dont la victoire leur semblait impossible. Leur murmure croissant, ils s'en prirent à Dieu même.

Josué et Caleb s'efforcent de les apaiser, leur montrent

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