CHAPITRE III
DIEU A SOUVENT COMMUNIQUÉ DES DONS ET DES GRACES ADMIRABLES AUX RELIGIEUX QUI FONT LES OFFICES DE MARTHE.
I. Dieu exalte les humbles. — II. Il plante la foi par de pauvres pêcheurs. — III. Le don des miracles a été donné sans la science. — IV. Faveurs de Dieu faites aux Frères Convers. — V. Grâces singulières faites à saint Gilles. — VI. Conclusion.
ieu a pris plaisir de tout temps à choisir pour ^PJ^ses ouvrages les plus merveilleux, ceux qui, dans le raisonnement humain, y pouvaient le moins réussir. Il a pris les idiots pour confondre les raffinés et les savants du siècle ; il a pris les faibles pour vaincre les forts et les plus intrépides ; il s'est servi des roturiers, des personnes de mépris et de celles qui n'étaient qu'un pur néant, pour le renversement de ceux dont la grandeur paraissait si affermie dans l'éclat de leur noblesse, dans la puissance de leurs richesses, de leurs honneurs et de leurs dignités, qu'ils se jugeaient inébranlables.
Le motif de cette divine conduite est l'abaissement de l'orgueil et de l'arrogance des hommes, qui dérobent facilement la gloire à Dieu, s'il ne donne quelque contrepoids à leur élévation. Jetons un coup d'œil sur cette sage providence.
II, Au commencement de ce monde visible, Dieu forma de rien toutes les créatures. En la loi écrite, il mit Pha-
l6 LE SAINT TRAVAIL DES MAINS
raon à la raison par un berger qui, avec sa houlette, renversa toute l'Egypte par des prodiges inouïs, et fît passer la mer à pied sec à trois millions de personnes. En la loi de grâce, au commencement de la réforme des âmes par l'Evangile, la Sagesse du Père éternel, notre très aimable Jésus, prit des ignorants et de pauvres pêcheurs pour vaincre toutes les sciences et les subtilités des orateurs, des philosophes et des politiques, et pour répandre la lumière du ciel par tous les coins de la terre.
Dieu veut que Gédéon, avec trois cents hommes armés de pots cassés, mette en fuite et massacre entièrement l'armée des Madianites,qui était de cent trente-cinq mille bons guerriers. Ce souverain Seigneur se montre d'autant plus dans les effets merveilleux, que l'homme y peut et paraît moins.
III. Dans le progrès de l'Eglise, les plus doctes n'ont pas éclaté par les plus prodigieux miracles. Considérez les docteurs mêmes de cette sainte épouse de Jésus, les Chrysostome, les Grégoire de Nazianze, les Jérôme, les Augustin, et autres, vous y admirerez de solides et d'héroïques vertus, mais assez peu de miracles.
Contemplez d'autre part un saint François d'Assise, qui n'était pas des plus élevés, ni pour la science, ni pour l'éloquence ; vous le trouverez dans une telle éminence d'oraison, et dans une abondance de grâces si extraordinaire, que vous le révérerez comme un séraphin sur la terre, et comme un autre Jésus crucifié et transpercé des clous et de la lance.
Saint François de Paule a fondé les Minimes, c'est-àdire, les très petits, et toute sa vie il s'est appelé et reconnu hautement le minime des Minimes. Il se plaisait dans le service des plus bas offices de la maison : dans les actions des manœuvres, parmi les maçons ; des valets, au jardin, à la cuisine, à l'infirmerie, et partout. Quoi ? Dieu ne lui a-t-il pas départi une si prodigieuse grandeur dans ses extases et dans ses miracles, qu'il l'élevait quelquefois