‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 282 sur 308 · LIVRE THOISIEME. CHAPITRE Vil 45o · texte numérisé non relu

LIVRE THOISIEME. CHAPITRE Vil 45o

Concluons de tout ceci que la médisance, nous mettant en de si grands dangers, est un précipice et un abîme diabolique, comme l'appelle saint Chrysostome.

3. Troisièmement, tous les Saints font un visage si affreux à ce vice de médisance, que quiconque se le proposera souvent dans ses méditations, avec les couleurs, les postures et les armes qu'ils lui donnent, sera tout saisi d'horreur, le considérant défiguré de la sorte, à la vue des Anges, des hommes et de Dieu même.

a) Les uns mettent dans la main du détracteur une épée sanglante, et le rangent entre les homicides. Saint Clément, Pape, nous dit que l'apôtre saint Pierre distinguait trois sortes d'homicides, qui sont ceux qui effectivement massacrent leurs frères, ceux qui les haïssent à mort, et les détracteurs.

David donne à tous les médisants des dards au lieu de dents. Et il le savait par sa propre expérience. Doëg, homme cruel et impie, parla mal de lui à Saûl. Ce roi trop crédule porta la sentence de mort contre David, qui était son gendre, fit assommer le grand prêtre Abimélcch et quatre-vingt-cinq autres prêtres, qui étaient très innocents, et fit passer au fil de l'épée tous les habitants de la ville de Nobé, qui ne savaient pas seulement le sujet de la colère de Saûl. Et Doëg, qui les avait tous tués par sa langue (au refus des autres qui eurent horreur d'une si cruelle commission), les massacra tous avec une si horrible brutalité, qu'il ne pardonna pas aux enfants qui pendaient à la mamelle, ni même aux animaux.

Tout médisant tue toujours au moins trois personnes, qui sont celui dont il parle, celui à qui il parle, et luimême. C'est pourquoi saint Bernard dit que la langue du détracteur est pire que la lance qui perça le côté de Notre- Seigneur sur la croix. Notre-Seigneur était mort lorsqu'il en fut frappé ; mais le détracteur frappe et tue ses membres encore vivants.

b) Les autres font sortir la médisance des enfers, comme

une furie qui tient dans sa main des flambeaux puants et ensoufrés, pour tourmenter et réduire en cendres tous ceux qu'elle rencontre. Les Hébreux appellent du même mot lagon, la langue et la flamme, pour montrer que si l'on ne se modère en ses paroles, on est cause de plusieurs funestes incendies.

Le prophète-roi fait jeter feux et flammes à la langue des détracteurs. Il dit au psaume soixante-douzième : Ils ont levé la tête et la bouche contre le Ciel, et ont parcouru toute la terre avec leur langue. Le texte chaldaïque porte : Ils ont brûlé les Saints de la terre avec leur langue.

c) D'autres ne veulent pas mettre le détracteur au nombre des hommes ; mais ils lui donnent un corps de bête et une âme de démon.

En premier lieu, il est un chien enragé, qui communique sa rage non seulement à ceux qu'il mord, mais aussi à ceux qui l'écoutent.

Abisaï, grand capitaine et frère de Joab, entendant les médisances de Séméi contre David, s'écria « qu'^1 le tuerait comme un chien, si on le lui permettait. »

Le cynocéphale a le corps d'un homme, la tête d'un chien, et le cri d'une souris. Cet animal ne peut jamais être apprivoisé par aucun artifice.

Elien nous conte qu'au delà de l'Ethiopie, on trouvait autrefois des hommes qui avaient le visage, la tête et les dents comme les chiens, et étaient noirs et hideux à voir. Je ne jurerais pas que cela soit véritable. Mais il est hors de doute que la rage du médisant est pire que n'était celle de ces hommes, ou plutôt de ces monstres.

En second lieu, Jésus, fils de Sirach, compare les détracteurs aux serpents qui mordent en cachette.

David les fait semblables à des aspics, qui ont du venin si subtil et si mortel, qu'il n'est point de remèdes assez puissants pour empêcher son action. La morsure de l'aspic fait mourir avec joie, et le médisant plaît par ses rail-

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