‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 287 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE Vil (.6g · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE Vil (.6g

de Metz, d'avoir failli contre la chasteté, furent brûlés d'un feu céleste aux mêmes parties du corps où ils voulaient trouver du désordre en cet innocent et très pur Serviteur de Dieu.

Celui qui osa dire que saint Ignace était un homme si criminel qu'il méritait le feu, fut consumé et réduit en cendres le même jour : une étincelle était tombée dans les poudres qu'il préparait pour des feux de joie.

Dieu traite le détracteur comme une bête farouche et enragée. Sur ce sujet Thomas de Catinpré me fait peur. Il certifie qu'il a connu un Religieux qui était fort libre à médire de chacun ; mais qu'aussi en punition de ce vice, Dieu avait permis qu'avant sa mort il devînt enragé, et qu'il se déchirât la langue avec ses propres dents.

Dieu traite les détracteurs comme des possédés. Car il permet que les démons prennent possession de leurs corps, aussi bien que de leurs âmes. Ce malheur arriva à des ouvriers malavisés qui médisaient de saint Maur, disciple de saint Benoît, qui a le premier transféré son Ordre d'Italie en France. Trois de ces malheureux furent possédés des diables, et l'un en fut étouffé : mais le saint Abbé le ressuscita, et guérit les deux autres.

Toutes ces raisons ont fait que tous les Fondateurs des Ordres religieux ont eu une extrême horreur de ce vice. Saint Basile séparait de la Communauté le détracteur, comme une peste, et punissait grièvement ceux qui lui prêtaient l'oreille. Saint Jérôme ordonne dans sa Règle qu'on le fuie comme un serpent plein de venin : « Si, dit-il, vous entendez quelqu'un qui médise d'autrui, fuyez bien loin de lui, et évitez sa compagnie comme celle d'un serpent. »

Concluons donc que le vice de médisance est très exécrable, et résolvons-nous à le fuir de toutes nos forces. Ayons honte, comme nous y exhorte saint Bonavcnture.de dire d'un absent ce que nous ne pourrions point dire avec charité en sa présence.

[V. La colère est un démon furieux. Si elle possède un soldat, elle ravage la campagne, ruine les villes, renverse les royaumes, met tout ce qu'elle rencontre à feu et à sang. Si elle domine en l'âme d'un bourgeois, elle meurtrit de coups les valets, la femme et les enfants. Elle brouille la famille et les parents par des procès. Elle tourmente les amis et les voisins par ses crieries, par ses querelles et par ses impertinences. Si elle pénètre dans le cœur d'un Religieux, elle excite de fâcheux tintamarres dans un cloître, et trouble chaque jour la charité et la paix de ceux qui y demeurent.

i . Nous devons faire tous nos efforts, pour ne lui point donner d'entrée ni de puissance en notre esprit et en nos paroles, soit que nous ayons égard à la gloire de Dieu, soit que nous considérions le contentement de chacun de nos frères en particulier, ou de tous en général.

Premièrement, considérez que c'est une grande indécence que dans une Maison religieuse, qui est le temple de la paix et de la tranquillité, où tant de saintes âmes offrent dans le silence leurs vœux et les parfums de leurs oraisons à Dieu, un Religieux particulier éclate en des paroles de colère, de fâcherie et de contention avec ses frères, avec qui il a quelque difficulté dans les offices.

Une Maison religieuse est l'étable de Bethléem, où les Anges chantent autour de l'Enfant Jésus et de sa sainte Mère : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bofiœ voluntatis ; Gloire soit à Dieu dans les cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Qui serait si peu soigneux de son honneur, qu'il voulût faire de l'âne dans ce lieu sacré, et, par ses crieries importunes et désagréables, troubler ces doux et ces charmants concerts de musique ?

Permettons que ces esprits célestes se nourrissent de la contemplation de leur pacifique Seigneur et de leur souverain bien, et qu'ils réjouissent leurs Supérieurs de la très douce et très divine harmonie de la charité. La mu-

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