‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 289 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VU

frères religieux, qui font profession de vivre en paix avec tous les hommes.

Les premiers chrétiens étaient très unis ensemble par le sang de notre Rédempteur, qui les vivifiait, et par le Saint-Esprit, qui en était l'âme et qui leur donnait le mouvement dans toutes leurs actions. C'est un esprit de paix, et tous les querelleurs n'en sont nullement animés, et ainsi ils sont charnels. L'Apôtre retire les Corinthiens de leurs altercations et de leurs contentions par ce motif : « Puisque, dit-il, on trouve parmi vous des jalousies et des contentions, vous montrez évidemment que vous êtes des hommes charnels, et que vous n'agissez point par l'esprit de Dieu, mais par le seul mouvement de la nature corrompue. » L'Esprit Saint n'est point un aigle carnassier, ni un vautour dévorant; mais une colombe innocente qui entre dans l'âme du Religieux paisible comme dans l'arche de Noé, avec un rameau d'olivier et la douceur de la paix.

Troisièmement, non seulement le contentieux trouble quelques particuliers; mais il trouble toute la communauté dont ils sont les membres. Or qui ôte la paix d'une communauté, en ôte tous les biens, et y introduit tous les maux.

La paix est la source et l'achèvement de tout ce que l'on peut posséder et désirer sur la terre. De là vient que les Hébreux, par ce doux nom de paix, entendent toutes les prospérités, la santé, les richesses, la perfection, et toutes les autres commodités du corps et de l'âme.

Le docteur Siméon, fils de Gamaliel, met la paix pour la base et le soutien de l'univers. Saint Chrysologue l'élève encore plus haut, et enseigne que la paix est le fondement, stable de la religion chrétienne, et le céleste ornement des autels de Notre-Seigneur. 11 dit ailleurs qu'elle est la base des vertus. Le prophète-roi nous la montre dans un éclat sans comparaison plus admirable, lorsqu'il l'appelle la demeure de Dieu même. Plusieurs écrivent que l'on n'enten-

dit pas un seul coup de marteau lorsque l'on bâtit le temple de Salomon, où l'arche, qui était le trône de Dieu, devait être posée. Dieu se plaît dans le repos, et fuit le bruit et le tumulte.

L'esprit de Dieu ne vint point au prophète Élie, lorsqu'un vent impétueux renversait les rochers et les fracassait, ni lorsque la terre tremblait et se disloquait; mais lorsqu'un doux et aimable zéphir soufflait paisiblement. La rosée du ciel tomba sans bruit sur la toison que Gédéon avait préparée et étendue à cet effet sur la terre.

Les princes du paradis sont appelés des Anges de paix, et, comme parle saint Grégoire de Nazianze, n'ont rien de si propre et si particulier que de fuir tous les débats et toutes les contentions.

Tous les Saints ont eu un soin extrême de la Daix ; et saint Ephrem, dans son Testament, remercie Dieu de ce qu'en toute sa vie il n'a jamais eu aucun débat avec personne.

Nous sommes les enfants des Saints, et la paix nous fera les enfants de Dieu si nous la recevons en nous et la communiquons aux autres. C'est Notre-Seigneur qui nous en assure dans l'Évangile, où il dit : « Bienheureux sont les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu. »

Si nous sommes les enfants de Dieu, nous sommes héritiers de tous ses biens. Concluez donc que la paix, nous donnant le droit d'enfants et d'héritiers, nous donne droit à tous les biens du Paradis et à tous les trésors que Dieu y a préparés, et dès ce monde, nous fait participants de ses grâces et de ses faveurs les plus choisies.

Qui porte la guerre dans une Maison religieuse, y porte tous les maux. Car l'esprit malin s'y retrouve, et y ouvre la porte à tous les monstres de l'enfer, qui y jettent tous leurs feux et toutes leurs flammes, et consument tout ce qu'ils y rencontrent de céleste et de divin. Saint Valérien nous avertit que si dans un débat on amasse paroles sur paroles, on met des allumettes pour faire un embrasement

Page 1