LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VII 47S
général. Et l'abbé Isai'e assure que par les querelles tous les vices prennent racine dans une âme. Ht en effet, comme toutes les vertus suivent leur reine, qui est la charité, aussi tous les vices suivent la haine et la contention, qui sont directement opposées à cette divine vertu.
Mettez dans un monastère deux ou trois frères convers qui aient la tête dure et qui soient forts en bouche, vous en ferez un très douloureux purgatoire, et la moitié d'un enfer.
Concluons donc, et disons à tous les Religieux avec l'Ecclésiastique : « Abstenez-vous des débats, et vous diminuerez les péchés; » et avec l'apôtre saint Paul : « Ne contestez point par paroles; car elles ne servent de rien, qu'à scandaliser et à perdre ceux qui les écoutent. »
2. Mais, me direz-vous, par quels moyens arriveronsnous à cette fermeté d'esprit, qui nous fasse maintenir la paix et l'union avec tous nos frères? Je vous en assignerai présentement sept, que j'espère vous devoir être utiles.
Le premier moyen est de méditer souvent les grands biens que nous apporte cette paix, et cette sentence de Salomon : « Un morceau de pain tout sec est meilleur avec la paix, la joie et le contentement de l'esprit, qu'une maison pleine de tous biens avec des contestations et avec des querelles. »
Le second moyen pour s'animer à la conservation de la paix est de considérer le soin qu'en ont eu les Saints, et la bénédiction du Ciel, qui les a récompensés des pertes volontaires qu'ils ont faites pour la maintenir.
Contemplez le patriarche Abraham, qui, dans la vue des disputes qui naissaient entre ses serviteurs et les serviteurs de Loth, son neveu, lui dit : « Je vous en supplie de tout mon cœur, ne permettons point que la discorde et la contention se jettent entre nous et entre nos bergers ; car nous sommes frères. Toute la terre est devant vos yeux. Choisissez à droite ou à gauche ce que vous jugez vous être le plus utile et le plus agréable. Je me contenterai de
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ce que vous ne voudrez point. » Ne jugez-vous pas que voilà une action dommageable à Abraham, qui cède le meilleur à celui à qui il pouvait faire la part? Attendez le reste. Loth choisit, et se logeant dans Sodome, perdit tous «ses biens dans peu de temps. Et Dieu, pour montrer combien il estimait ce généreux désir de paix dans Abraham, lui apparut, et lui promit qu'il lui donnerait ainsi qu'à sa postérité la terre de Chanaan, et que ses enfants se multiplieraient si fort, qu'ils surpasseraient en nombre les grains de poussière de la terre.
Tenez pour certain que la paix est une corne d'abondance, d'où sortent tous les biens que vous pouvez et que vous devez raisonnablement désirer.
Le troisième moyen pour conserver la paix est le silence, particulièrement lorsque vous sentez votre cœur dans l'émotion et votre tête dans la chaleur. Et ne pensez point que vous soyez vaincu par votre adversaire, si vous vous taisez. Ecoutez saint Valérien, qui nous certifie que l'on obtient une pleine et une entière victoire, si l'on ferme sa bouche par le silence lorsque l'on entend quelqu'un qui crie et qui excite quelque dispute.
Saint Chrysostome assure que le silence est la plus grande et la plus juste vengeance que nous puissions tirer de nos ennemis, et que par ce moyen nous les perçons de part en part et les jetons à nos pieds.
Au contraire, celui-là est vaincu et terrassé, qui s'amuse à piquoter par des paroles aigres et mordantes ceux qui l'attaquent. Saint Bernard nous dit qu'il est foulé et suffoqué par le vice, qui le tient comme un esclave sous ses pieds.
Si vous avez quelquefois des jugements différents, comme saint Chrysostome et saint Epiphane, saint Jérôme et saint Augustin, Loth et Abraham, l'Ange de Perse et celui de Judée, comportez-vous-y avec prudence, avec modération et avec charité. Ne cherchez point votre gloire, mais seulement celle de Dieu. Donnez une parfaite con-