LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VIII
curait du contentement. Et ensuite, il leur donna de très tendres sentiments de dévotion, et puis sa bénédiction.
Au contraire, ce divin Amateur des hommes se plaignit à un saint personnage, de la mauvaise conduite des chrétiens, et de ce qu'en leurs conversations et compagnies ils ne parlaient pas plus de lui que s'ils n'en avaient aucune connaissance.
Si nous suivons l'inclination de cet aimable Rédempteur, il gouvernera notre langue et la conduira par des routes qui lui seront agréables. Saint Chrysostomc nous le certifie, et dit que Dieu prend plaisir à être sur la langue d'un homme qui parle de lui, et à le gouverner comme un coursier royal.
Saint Gilles, compagnon de saint François, en dit bien davantage, lorsqu'il assure que celui qui parle des choses saintes est la bouche de Dieu, et que celui qui parle des choses mauvaises est la bouche du démon.
La conclusion est bien aisée à prendre sur ces vérités, c'est la résolution de nous efforcer de conduire notre langue si bien, que notre Bien-Aimé soit loué dans nos discours, et que par ce moyen nous l'attirions et le retenions dans nos conversations.
2. Le second motif pour nous animer au discours des choses spirituelles, est que les Anges se plaisent à entendre les louanges de leur Créateur et de tout ce qui le touche, dans la bouche des hommes, et particulièrement dans la bouche des Religieux.
Ce plaisir attire ces bienheureux Esprits en la compagnie des personnes vertueuses qui s'entretiennent de Dieu et des choses saintes. Origène nous l'assure : « Les démons, dit-il, se trouvent aux cercles et aux assemblées des sorciers et des magiciens, y étant appelés par des paroles exécrables. De même les bons Anges viennent à nous et se mettent en notre compagnie, lorsque nous nous entretenons dans des discours spirituels, qui sont autant d'exorcismes qui chassent bien loin de nous les démons. »
Ce qu'assure cet illustre docteur se trouve vérifié dans plusieurs expériences. Je me contenterai d'une. Un ancien et saint Religieux avait obtenu de Dieu cette faveur signalée, que, lorsque ses frères s'entretenaient en des discours célestes, il apercevait des Anges qui s'approchaient d'eux et témoignaient en leurs visages et en leurs postures une grande joie et une grande allégresse. Mais aussitôt qu'ils se laissaient emporter à d'autres discours, il voyait que ces princes du paradis s'éloignaient d'eux et paraissaient dans une grande tristesse et dans l'indignation. Mais ce qui est surtout à remarquer, c'est qu'en même temps les démons déguisés en pourceaux pleins de fange et d'ordures se jetaient au milieu d'eux, et se frottant tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, les emplissaient de leurs immondices et de leur puanteur. A la vue de ce triste spectacle, le bon vieillard se noyait dans ses larmes, et s'écriait par tous les monastères : Mes frères, écarte^ de votre langue les vains et les longs entretiens. C'est une porte que vous ouvres au démon pour entrer en vous, et pour perdre votre âme dans toute l'éternité.
Si une conversation puérile et libertine est si agréable à nos ennemis et leur donne tant de force sur nous, ne devons-nous pas être toujours à la garde de notre bouche, pour ne permettre la sortie à aucune parole qui leur donne prise sur nous? Et si les saints entretiens nous amènent les Anges du Ciel et nous les unissent avec joie, qui ne s'efforcera de s'y rendre excellent et de jouir de ce qu'ils nous apportent?
3. Le troisième motif qui nous doit contraindre à des discours vertueux et spirituels, c'est notre état de religieux, qui nous a consacrés entièrement à Dieu. Ce serait une monstruosité que d'avoir un cœur de religieux et une langue de séculier.
La parole et la pensée sont deux sœurs, l'une ne se peut séparer de l'autre. Vous ne devez penser qu'à Dieu dans une maison qui lui est totalement dédiée, et par consé-