LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VIII
quent, vous ne devez parler que de sa divine majesté et de ce qui appartient à son service.
« Vous avez consacré votre bouche à l'Evangile, disait saint Jérôme, ne l'ouvrez jamais à des niaiseries et à des fatras. »
Saint Bernard me fait peur lorsqu'il dit : « Les paroles frivoles et les contes de bagatelles sont des bagatelles dans la bouche d'un homme du siècle, mais sont des blasphèmes chez celui qui s'est dévoué à Dieu dans un cloître. »
Le Religieux s'embaume lui-même et toute sa famille, lorsqu'il met en avant des propos du paradis. Salomon, le plus sage des hommes, compare un sage discours a un rayon de miel. Et Homère, parlant de Nestor, certifie que ses paroles étaient plus douces que le miel. Le roi David assure de lui-même que les paroles qui étaient de Dieu, se trouvaient dans sa bouche plus douces que le miel.
Sainte Brigitte prenait un contentement indicible dans les saints entretiens, et avait une telle horreur des mauvais discours, qu'aussitôt qu'on lui tenait un propos dissolu, elle sentait une amertume dans sa bouche et une puanteur de soufre au nez.
Cette douceur d'une divine conversation n'est point infructueuse. Elle charme et apaise toutes les passions de notre âme. « Le miel, dit le docteur Lévi, expliquant le passage susallégUé, sert pour adoucir et pour ôter les douleurs du corps, quand quelque membre a été foulé, ou qu'il est affligé de quelque autre maladie. Et un bon discours sert à chasser la tristesse, la colère, l'envie, et les autres anxiétés et infirmités de l'esprit. »
Un Religieux qui parle de Dieu répand partout une odeur très suave, qui réjouit tous ceux qui l'approchent, et leur fait concevoir une haute estime de sa vertu et de tout son Ordre. Pour cette cause, saint Bernard priait tous ses frères de se comporter dans une telle réserve en conversant, que tous ceux qui les verraient et qui leur prête-
raient l'oreille en fussent bien édifiés, et jugeassent qu'ils étaient vraiment religieux.
Le Religieux est obligé de profiter à son prochain non seulement par ses actions, mais aussi par ses paroles. Saint Paul disait aux Éphésiens : « Qu'aucune parole mauvaise ne sorte de votre bouche. Mais que vos discours soient de choses spirituelles et d'édification et profitables aux assistants. »
Si cela se dit aux chrétiens, que doivent faire ceux qui ont abandonné toutes les vanités du siècle? Le Père Jean Gontery, très zélé serviteur de Dieu et très illustre prédicateur en notre Compagnie, avait coutume de dire qu'un Jésuite (comme aussi tout autre Religieux) doit toujours prêcher. Et il le faisait en perfection, ne s'entretenant jamais que de choses utiles au progrès des vertus et à l'avancement de la gloire de Dieu. Aussi n'allait-il jamais en conversation (selon le conseil de saint Bernard et de saint Bonaventure) qu'il n'eût préparé quelque bon discours, proportionné à l'humeur, à la vertu, à la capacité, à la disposition et à la nécessité de ceux qu'il allait visiter.
Il est très nécessaire d'user de cette prévoyance ; car, si après beaucoup de soin il est fort difficile de ne point faillir en paroles, que sera-ce si nous nous jetons à l'aveugle et à l'étourdie dans de longs discours?
Concluons donc que dans le souvenir que nous sommes des Religieux consacrés à Dieu, nous devons lui consacrer parfaitement notre langue et nos discours, et ne point plaindre nos peines, pour les faire réussir à sa gloire et à l'utilité de nos frères, et des personnes qui vivent dans l'embarras du siècle corrompu.
4. Le quatrième motif pour nous animer aux entretiens spirituels, c'est l'exemple des Saints qui se sont rendus excellents en cet exercice, et l'ont pratiqué avec un soin admirable toute leur vie.
Saint Louis de Gonzague s'y portait dans une telle chaleur, que plusieurs profitaient plus dans sa conversation que