‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 298 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE Ylll · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE Ylll

dans leurs oraisons ; et sa constance jointe à son industrie fut d'une telle efficacité, que deux cents Religieux qui étaient au collège Romain, animés par son exemple et par ses discours, ne parlaient que de Dieu dans leurs récréations.

Les âmes élevées par la grâce ont fait des merveilles par ce moyen. Saint Ignace a fondé notre Compagnie, gagnant à Dieu saint Xavier et ses autres huit compagnons par de bons et de fervents discours.

Les historiens de saint François Xavier racontent de lui, chose très étonnante, qu'il faisait plus de profit dans sa conversation qu'il n'en faisait dans ses prédications. Et cependant nous savons combien prodigieux ont été les fruits qu'il a faits dans l'Italie, dans le Portugal et dans l'Inde en prêchant.

Le Père Pierre le Fèvre, premier compagnon de saint Ignace, a fait des merveilles presque par toute l'Europe par ses divins entretiens. Aussitôt qu'il entrait dans une compagnie, il faisait prudemment et modestement connaître qu'il était tout à Dieu, et qu'il avait un ardent désir de le servir. Il assurait que cette honnête et sainte liberté lui avait beaucoup servi pour tenir dans la réserve et dans la modestie tous ceux qu'il rencontrait, même dans les hôtelleries en voyageant, et pour se frayer l'entrée à des discours salutaires.

Saint François'd'Assise faisait un si grand état de parler de Dieu dans la conversation, qu'il faisait souvent des conférences spirituelles avec ses Religieux, à dessein de leur bien apprendre ce langage des Auges, et de les rendre propres à s'en servir dans la fréquentation des séculiers.

Saint Thomas d'Aquin avait son esprit si attaché à Dieu, que dans ses entretiens familiers il ne parlait jamais que de choses saintes et profitables au salut des âmes. Ce soin lui donnait un te! avantage, qu'après avoir parlé aux hommes, il n'avait nulle peine de recueillir son esprit pour l'étude, pour la méditation et pour l'oraison.

Saint François de Borgia avait cette pratique si à cœur, que celui qui ne saurait point la force que donne l'amour de Dieu pour se détacher de la terre, l'estimerait s'être jeté dans l'excès. Visitant les plus grandes dames de la cour d'Espagne, il ne leur parlait jamais que du salut de leurs âmes, de la manière de bien gouverner leurs familles et leurs sujets, et de l'institut de la Compagnie, pour les affectionner à la maintenir et à l'augmenter dans les occasions.— Il parlait même à l'empereur Charles- Quint des exercices salutaires à sa perfection et utiles pour se disposer à la mort. — Il était si résolu de s'entretenir uniquement de Dieu, que si quelqu'un mettait en avant des discours impertinents, il tâchait adroitement de donner un autre cours à la conversation. — S'il n'en pouvait venir à bout, il ne s'y rendait point attentif, et tenait son cœur et son esprit arrêtés en Dieu.— Comme on lui reprochait un jour qu'il ne répondait point à propos, il repartit qu'il aimait mieux être estimé idiot que de perdre son temps.

Concluons donc que, puisque nous sommes entrés dans la maison des Saints, et que nous nous sommes faits compagnons de leur voyage, nous devons tenir leur route pour arriver à leur terme.

Si le vol des Saints nous semble trop élevé, suivons au moins un païen. Pythagore, philosophe de grand renom, disait sagement : Ou taisez-vous, ou dites quelque chose qui soit meilleur que le silence.

Ce conseil convient parfaitement à un frère convers. Son état et sa profession le dispensent de parler beaucoup en compagnie, et lui donnent une liberté absolue, ou de se taire, ou de ne parler que de Dieu. Ce serait une messéante et une ridicule vanité, si un pauvre frère qui est entré en Religion pour se cacher au monde, faisait l'entendu dans des affaires qui ne le touchent point et qu'il doit ignorer.

III. Le silence est un très grand ornement des Religieux qui n'ont point étudié, et il les fera estimer parmi

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