LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VIII 49 I
les personnes de condition, et qui se sont adonnées aux sciences. Mais ils doivent parler, et parler de Dieu à leurs serviteurs, aux censiers de îa maison, aux artisans, et aux personnes pauvres et d'une basse naissance. Voyons brièvement quatre moyens pour vous v aider.
1. La simplicité et l'humilité servent extrêmement à ce dessein. On ne vous demande nullement que vous parliez de choses subtiles et qui surpassent votre portée. Vos Règles, la raison, la bienséance et l'édification vous le défendent. Parlez avec une humble simplicité de choses faciles et morales, telles que sont la fuite du péché, l'amour de Dieu, le paradis, l'enfer, la vie de Notre-Seigneur, de Notre-Dame, des Saints, des Pères et des Frères de votre Religion, et de choses pareilles. Surtout excitez ceux à qui vous vous adressez à fréquenter les sacrements de Confession et de Communion et les prédications.
Dites simplement : J'ai médité aujourd'hui sur tel mystère, et telle pensée m'a fort touché; j'ai fait ma lecture de la mortification, et j'ai admiré celle de saint Siméon Stylite sur la colonne ; de saint Paul Ermite, dans le désert ; de saint Benoît, dans sa grotte; de saint Ignace, à Manrésa, et de saint François en toute sa vie<
2. Laissez parler les serviteurs, les censiers et les artisans qui travaillent pour la maison. Permettez qu'ils racontent leurs bonnes et leurs mauvaises aventures. Tirezen ensuite cette -conséquence, qu'ils sont bien obligés à Dieu de ce qu'il les a préservés de cette maladie et de cet accident fâcheux et malencontreux. Dans leurs pertes, montrez-leur l'instabilité des biens de cette vie, et le bonheur de l'éternelle félicité. Ayez pour eux de la compassion, pleurez avec eux, et puis élevez leurs yeux et leur cœur au Ciel, d'où ils doivent attendre du secours. Apportez-leur quelque bel exemple de la patience de saint Clément, évêque d'Ancyre, qui a tant souffert l'espace de vingt-huit ans; et surtout des Saints dont on fait la fête le jour même ou durant la semaine. Persuadez-leur d'avoir
confiance à la glorieuse Vierge, à leur Patron, à leur bon Ange gardien, et à votre Fondateur, en la maison duquel ils servent. Parlez-leur souvent de la Passion de l'aimable et adorable Jésus : et vous verrez qu'elle les touchera, les attendrira et les fortifiera puissamment.
3. Dans les examens de votre conscience et dans vos méditations, faites une sérieuse réflexion sur les occasions que vous avez de parler de choses saintes, et sur les moyens particuliers que vous en avez, ayant égard au naturel, aux occupations et aux inclinations de ceux que vous fréquentez.
Ces réflexions vous rendront industrieux, et d'une conversation utile et agréable. J'ai connu un de nos frères coadjuteurs nommé Guillaume Pigeon, lequel est mort à Reims depuis trois ou quatre ans. Ce bon frère avait un si excellent don pour la conversation, que fort peu de prêtres dans la province avaient plus de dextérité et de bonheur pour entrer dans les cœurs de ceux du collège et de la ville, et pour leur dire ce qui était nécessaire à l'avancement de la gloire de Dieu. Il ne sortait néanmoins jamais delà manière de converser qui est convenable à un frère qui n'a point étudié. Ce soin de parler de choses spirituelles lui donnait un tel ascendant sur les serviteurs et sur tous les officiers externes, qu'il les maniait à sa volonté et qu'il les renvoyait toujours contents et bien édifiés d'auprès de lui.
Si vous trouvez dans l'expérience que vous ne pouvez continuer un discours, ne perdez point cependant courage, et racontez quelque petite histoire à ceux avec qui vous avez correspondance pour vos offices.
Quand même vous ne devriez dire qu'un bon mot, ne quittez jamais personne sans le pousser à la fuite du péché ou à quelque sainte pratique pour son salut. Un homme très débauché, et qui ne voulait entendre aucun discours de Dieu, fut parfaitement converti par cette seule sentence que lui dit un fervent Religieux au sortir de son