‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 30 sur 308 · LIVRE PREMIER. SECTION PREMIERE · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. SECTION PREMIERE

tous ses doutes pendant la journée. Ils avertissaient et dirigeaient Buceri dans les moindres choses. Ils donnèrent la sainte Communion à Frédéric, lorsqu'étant occupé à charpenter, il ne pouvait aller à l'église. Ils préparèrent le dîner des religieux, pour soulager Sauveur de Horta, qui avait été si absorbé en Dieu dans son oraison qu'il n'avait pas eu la pensée de le faire.

Désirerez-vous quelque faveur de la glorieuse Vierge Marie, pour voir dans quelle estime est votre-degré en son esprit? Elle commande à François de l'Enfant-Jésus de se faire carme, et à Jean Thomas Loretan d'entrer en notre Compagnie. Elle confirme dans sa vocation François de Chio, capucin, et Jean-Baptiste dans celle de jésuite. Elle avertit Ximenès de marcher par le chemin de l'obéissance aveugle, et Etienne Justice, minime, de modérer ses jeûnes excessifs, et de s'accommoder à la communauté. Elle récrée et enseigne du Jardin, se montrant à lui dans une brillante lumière, et tenant la lune sous ses pieds. Elle donne l'enfant Jésus au bienheureux Félix. Elle fait travailler les anges au moulin pour Gérekin, qu'elle renvoie à l'oraison, et daigne elle-même faire le pain à sa place.

Demandez-vous encore l'approbation du Sauveur même? Il vient par une bonté paternelle à Jacopon, et le console dans un lieu très indigne de sa présence. Il se détache de la Croix, et embrasse François du Jardin. Il travaille à la charrue pour frère Fulchard, religieux de Clairvaux. Il paraît souvent avec Notre-Dame à Rodriguez, se place avec elle dans son cœur, et y demeure sensiblement plusieurs jours.

Ces faveurs ne vous semblent-elles pas assez grandes? Votre cœur est-il si large qu'il ne soit point rempli de tous ces dons ? Souhaitez-vous toute la très sainte Trinité ? Saint Gilles, François de l'Enfant-Jésus, saint Alphonse Rodriguez, et d'autres frères, ont vu l'essence divine, de la façon que j'expliquerai en son lieu. Elle a été si excellente, que

saint Gilles disait qu'il en avait perdu la foi, en ayant eu une claire vision.

Êtes-vous content? Dieu a-t-il assez favorisé votre degré? Vous le connaîtrez encore mieux, quand vous verrez ces exemples et plusieurs semblables dans leur jour, et racontés tout au long. Pour maintenant, arrêtons-nous un peu à saint Gilles, qui seul pourrait suffire pour faire toucher au doigt à quelle perfection peut monter un frère convers.

V. Qui pourrait expliquer ses extases et ses ravissements, et les dons que le Saint-Esprit lui communiqua? Un jour, il sentit que tout son corps mourait peu à peu. Il voyait son âme qui se retirait, premièrement des pieds, puis des autres membres, et enfin, du cœur même. Elle fut alors ravie en paradis, y considéra les raretés inexplicables qui sont réservées aux amis de Dieu, et dans cet emportement y reçut une joie qui ne trouve point de paroles ici-bas, capables de la faire comprendre.

Une autre fois, après un jeûne de quarante jours, Notre- Seigneur se présenta à lui, et lui montra non seulement sa sacrée Humanité, mais aussi quelque chose d'une telle éminence qu'il n'osait et ne pouvait l'expliquer. Cette apparition dura, par divers intervalles, l'espace de treize jours. Après cette vision, il fut souvent et avec facilité transporté en extase. Et même il était élevé hors de lui à tous les discours des grandeurs de Dieu, de la gloire des Bienheureux et de la beauté du paradis. Il demeurait alors immobile, sans nul usage des sens extérieurs. C'est pourquoi les enfants et les bergers, à la sollicitation de plusieurs personnes, lui criaient en le rencontrant par les rues : Paradis, frère Gilles, Paradis. Et au même instant l'extase le surprenait au lieu où on lui avait parlé, et il y restait sans mouvement ni sentiment.

Saint Louis, roi de France, alla tout exprès à Pérouse pour y voir ce saint frère, et tirer quelque profit de son entretien. Il se déguisa en pèlerin étranger, et se présenta

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