‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 301 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VIII 4Ç · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE VIII 4Ç

Tous les vices saisissent le cœur et lient la langue, quand il est question de traiter des choses divines. Otez ces liens; gardez vos Règles : soyez Religieux tout à fait et sans réserve, et les paroles ne vous manqueront pas plus que les feuilles à un arbre bien enraciné et planté dans le paradis terrestre, où les frimas de l'hiver et les ardeurs de l'été ne lui font aucun dommage.

IV. Si nous n'avions point de frères convers qui nous eussent précédés et que les vertus eussent rendus éloquents, nous aurions quelque excuse, au moins en apparence. Mais que répondrons-nous à saint Félix, au frère François de l'Enfant-Jésus, et à plusieurs autres, qui ont fait des fruits incroyables par leur conversation? Mettonsen ici quelques-uns pour nous servir d'exemple.

Saint Félix, frère laïque capucin, consolait les malades dans les maisons particulières et dans les hôpitaux publics, avec une ferveur et une adresse admirables ; il instruisait les pauvres, leur donnait courage dans leurs misères et les empêchait de s'abandonner au vice.

Quand il trouvait quelque libertin en allant à la quête par la ville de Rome, il l'abordait dans une grande modestie et une grande civilité, et entrant en discours avec lui, il lui disait : Ah ! pauvret ! où alle^-vous ? Hélas ! ne voye^-vous point que vous êtes dans le chemin de l'enfer ? Estimez-vous un petit malheur d'être éternellement dans des feux qui ne s'éteindront jamais, et de vivre au milieu des démons qui ne cesseront point de vous tourmenter? Pense\, penser au salut de votre âme, qui est capable de voir Dieu en paradis, et d'avoir tous les contentements imaginables dans l'éternité bienheureuse ! Ne save^-vous pas qu'il vous faut mourir, et peut-être aujourd'hui ? Etes-vous certain de vivre encore une heure, et de n'être point puni de Dieu dans le péché même ? C'est votre Juge. Il vous voit en tout lieu. Prenez garde à vous. Il disait ces paroles dans une telle ferveur qu'il en convertissait plusieurs.

Lorsqu'il entrait au logis de quelque seigneur, de quelque dame, ou de quelque autre femme bienfaitrice de l'Ordre, s'il y rencontrait une trop grande attache à leurs enfants, à leurs richesses, et à d'autres choses temporelles, il les reprenait avec zèle, sans toutefois oublier la prudence, ni la modestie. Il leur montrait que ce n'était point sagesse ni bon ménage que de changer l'or en paille, les pierres précieuses en cailloux, le Ciel en terre, et Dieu en créature.

Il ne parlait point sans fruit. Dieu avait donné une telle efficacité à ses avertissements, qu'il faisait même tomber les épées des mains de ceux qui .se voulaient égorger. Il retirait du vice les pécheurs les plus obstinés, et les élevait à l'amour de Dieu.

Saint Philippe de Néri, fondateur des Pères de l'Oratoire, se plaisait fort aux entretiens de ce saint frère, et y sentait du profit pour son âme. De là procéda la grande amitié et l'intime familiarité qu'ils eurent toujours ensemble.

Frère François de FEnfant-Jésus, Carme déchaussé, ne me semble pas moins admirable en ses discours spirituels, et dans le crédit qu'ils lui donnèrent par toute l'Espagne auprès des plus grands de la cour et des rois mêmes.

Philippe II, un des rois les plus graves, les plus sages et les plus fortunés de ce grand royaume, l'aimait si tendrement et l'honorait si cordialement, que Ruis de Velasquez disait que, de trois sortes de personnes à qui Philippe portait du respect et faisait de l'honneur (à savoir, aux hommes vertueux, aux hommes doctes et aux seigneurs et princes), il n'en était aucune à qui il lui eût jamais vu faire une plus grande démonstration de familiarité qu'au frère François de l'Enfant- Jésus.

Ce sage roi, voulant retirer son esprit de l'embarras ennuyeux des affaires royales, se mettait à l'écart avec ses enfants et avec le bon frère François, et s'y entretenait de

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