‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 302 sur 308 · LIVRE TROISIEME. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. CHAPITRE VIII

discours spirituels. Le serviteur de Dieu inventait des jeux innocents, afin que ces princes trouvassent de la joie et de l'allégresse en ces saintes conférences.

Quelquefois il faisait que le roi, ses enfants et lui remerciaient Dieu à leur tour de tous les biens signalés qu'il leur avait faits, sans répéter ce qui avait déjà été dit. D'autres fois il trouvait d'autres inventions pour éviter l'ennui et le dégoût.

Il avait un si grand ascendant sur l'esprit de Philippe II, et il était si adroit et si efficace à chasser la tristesse de son cœur, que s'il survenait quelque fâcheux accident dans les affaires de l'Etat, on ne trouvait point de meilleure bouche pour lui en porter la nouvelle, ou pour le consoler s'il la savait, que celle du frère François.

Philippe III, qui lui succéda à la couronne, n'eut pas moins d'estime de ce serviteur de Dieu, et ne lui porta pas moins d'amour et de respect. Lorsqu'on le fit passer de Valence à Madrid, il fit préparer des réjouissances publiques pour sa bienvenue.

Cet homme céleste ne permettait point que ces honneurs fussent vains et inutiles. Il se servait de cette familiarité avec le roi, afin de l'avertir de ce qui concernait son salut. Il prenait une sainte liberté de lui dire de bonnes vérités que personne n'ose dire aux grands du monde. Et ce prince était d'un naturel si doux et si débonnaire, et avait une si haute estime de la- vertu de ce bon frère, qu'il recevait volontiers ses avis et les mettait à profit.

La reine l'envoyait souvent chercher, et employait avec lui plusieurs heures en discours spirituels. Elle le faisait souvent dîner au palais sur une petite table près de la sienne, afin de jouir un peu plus longtemps de ses saints entretiens et de sanctifier sa famille par sa présence. Elle tâchait de savoir quelles viandes étaient plus à son goût, et les lui faisait apprêter.

Il n'appelait point le roi et la reine d'autres noms que de frère et de sœur, et cette franchise leur était, agréable. Il T. I. 32

traitait avec eux presque de la même manière qu'avec les Pères et les Frères de son monastère.

Dieu récompensa la bonté de ces âmes dévotes en leur accordant un fils par ses prières ; et elles donnèrent en reconnaissance deux mille ducats d'aumône, selon la volonté et l'ordre particulier du serviteur de Dieu.

Quoi donc ! nous ne pourrons et nous n'oserons, ou plutôt nous ne daignerons pas dire un bon mot à un valet, à un laboureur, à un artisan, à un bourgeois, pendant que ce fervent et zélé frère entretient les princes et les rois de discours saints et religieux ! Disons-le, et disons-le avec sincérité et avec vérité : c'est le seul manquement d'une vertu mâle et généreuse qui nous empêche de faire de grands biens partout où nous nous rencontrons.

Jean Brion,qui de pasteur de brebis s'était fait Religieux en notre Compagnie, fut seize ans cuisinier dans deux maisons de probation. Il résolut de ne jamais parler que de Dieu, et par un soigneux exercice, il obtint si parfaitement cette grâce, qu'il raffermissait par ses discours, quoique simples, les novices qui se laissaient aller au découragement, et dissipait toutes leurs tristesses et leurs anxiétés.

Notre frère Jean Ximenès, étant occupé au labourage, avait une très grande soif du salut du prochain. Il accostait les laboureurs séculiers, et leur parlait de ce qui est nécessaire pour se retirer du vice et pour profiter dans la vertu. Cette ferveur et cette adresse lui captivaient le cœur de chacun, et presque tous profitaient beaucoup de ses enseignements. Un jour, fondant en larmes de dévotion, et touché d'un saint désir de ne jamais se séparer de son Bien- Aimé et d'avancer sa gloire partout, il résolut de parler de Dieu indifféremment avec tous ceux avec qui il converserait, soit qu'ils fussent doctes ou non, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, hommes ou femmes. Et Dieu donnait une telle bénédiction à ses paroles simples et grossières, que plusieurs en furent fort touchés et excités à une plus grande

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