‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 40 sur 308 · LIVRE PREMIER. SECTION II · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. SECTION II

à un pauvre frère comme moi d'avoir la première pensée de ce jugement. — J'y suis venu, dit Ulric, pour pleurer mes péchés et pour en faire pénitence. Mais vous, mon frère, de quel motif avez-vous été poussé pour demander l'entrée de ce monastère ? — Du même motif, réplique l'économe.

L'abbé, d'un ton grave et sérieux, ajoute alors : Si votre réponse est véritable, d' où procède cette ardeur insatiable, cette soif continuelle des biens de la terre? Si un sincère et parfait désir de laver vos péchés par vos larmes vous a retiré du siècle, vous devez prendre une manière de vie bienséante à un pénitent, par une fréquente retraite dans votre oratoire, afin d'y passer vos fours en jeûnes, en veilles et en prières, pour vous sanctifier dans les grâces de votre Rédempteur. Le ravissement du bien du prochain et l'amas de tant d'or, d'argent et de possessions, ne sont pas les actions d'un vrai pénitent. Toutes les richesses de la terre ne sont qu'une poussière qui sera bientôt emportée par le vent.

Monsieur, dit l'économe, tout ce que /achète est proche de nos champs et de ?ios vignes. — Ah! dit le sage Supérieur, après l'achat de ces champs et de ces vignes, vous y ajouterez encore les propriétés des voisins, et en conséquence vous pousserez vos bornes jusqu'au Rhin, et le passerez à pied sec. De là vous avancerez jusqu'aux montagnes, et ne terminerez ni vos courses ni vos prétentions, jusqu'à ce que la mer fasse barrière à votre i?npétuosité. Je crois que sa vaste étendue bornera vos yeux et votre cœur. Or, afin de vous délivrer d'une si longue et si ennuyeuse fatigue, vous demeurerez dans votre cloître, pour y faire oraison et pour pleurer les fautes de votre vie passée. Mon pauvre rrère, un peu de patience, et vous aurez assez de terre sur vous, sous vous, et même dans vous, n'étant que poudre et devant retourner en poudre.

A cette nouvelle, quelques-uns de la maison, dans l'appréhension de la ruine du temporel, coururent à ce saint

prélat, et s'écrièrent : Monsieur, monsieur, nous vous supplions de ne point hâter l'exécution de cette résolution. Si vous ôtesy ce frère de noire économat, la ruine de ce monastère est inévitable. — Mes pères, inespérés, dit l'homme du ciel, jetons notre pensée et notre confiance en Dieu, et il nous nourrira. Que s'il ne lui plaît pas de nous assister des biens temporels, la perte de notre maison est un moindre mal que celle d'une âme rachetée par le sang de mon Sauveur, et qui le doit louer ou blasphémer dans toute l'éternité.

Les Religieux n'ayant rien gagné sur sa constance, il fut attaqué puissamment par Reinolde, archevêque de Cologne, qui, dans le désir de se débrouiller de ses dettes et de remettre en état ses métairies, qui étaient dans le désordre, lui envoya demander ce frère économe renommé par tout le pays. Le généreux abbé fit une repartie digne de son héroïque vertu. J'ai, dit-il, deux cents brebis dans une telle métairie, et tant dans une telle autre ; j'ai plusieurs chevaux et plusieurs bœufs. Tous ces animaux et tous les biens temporels de mon monastère sont au service de Monseigneur ; mais ma conscience ne me permet pas de lui abandonner l'âme de ce frère convers, de laquelle je dois répondre à Dieu, qui m'en a donné la charge. (Caesarius, i, 4, cap. 62.)

Ainsi, ce religieux demeura dans sa cellule pour y réciter son cappelet tout à loisir, et le monastère ne laissa pas d'aller son train ordinaire, et de nourrir tous ses religieux sans difficulté.

Au moins ayons autant de désir du profit spirituel de nos âmes, que nous sentons d'affection pour l'avancement du bien temporel de nos maisons. Considérons souvent l'excellence de la vertu, l'importance de notre salut, la grandeur de la récompense, et l'infinie majesté et bonté de Dieu, qui mérite des services et des adorations d'une perfection infinie, si elle était possible à une créature. Il nous exhorte à être parfaits comme il est parfait, c'est-à-

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