IV. Le quatrième moyen général pour nous sauver
excellemment et joyeusement, est l'amour et l'estime de notre vocation. Ce point est d'une extrême conséquence ; car si nous en avons une haute idée, nous en aimerons Dieu avec plus d'ardeur. Nous le louerons, nous le bénirons, et nous le remercierons d'une grâce si particulière et si considérable, à la vue du délaissement d'une infinité d'autres dans la barbarie, dans l'hérésie, dans le libertinage, dans l'ignorance des choses célestes, et dans l'embarras et l'inquiétude intolérable du siècle corrompu.
Cette grande opinion de notre vocation nous fera aussi vivre dans une allégresse sans égale et dans un repos d'esprit inexplicable, à la vue de notre sort qui est tombé en bon lieu. Nous estimerons tous nos respects et tous nos services rendus à Dieu, toutes nos sueurs et tous nos travaux employés à son honneur, très peu de chose, si nous les comparons à cet insigne bienfait, qui est un gage presque certain de notre félicité éternelle.
Au contraire, l'estime ravalée de notre vocation nous rendra tièdes dans nos oraisons, froids dans nos actions, pleins de murmures aux moindres souffrances, onéreux à nous-mêmes, fâcheux aux Supérieurs, intolérables à tous les autres.
Enfin, si la racine et le tronc sont vermoulus, les feuilles, les fleurs et les fruits pourris couleront dans la boue et dans l'ordure, et tout l'arbre tombera bientôt dans le précipice, ainsi que l'expérience journalière ne le montre que trop. Pour cette raison, il faut entretenir avec soin une grande estime de sa vocation, par la considération de son excellence, de son utilité, du bonheur qu'elle procure. Vous pourrez vous servir à ce sujet de ce que nous avons déjà rapporté ci-dessus, et de ce que nous dirons au chapitre suivant et au traité des tentations.