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CHAPITRE PREMIER

L'ÉTAT DU RELIGIEUX OCCUPE AUX OFFICES DE MARTHE N'EST PAS MOINS UN ÉTAT DE JOIE QUE CELUI DES PRETRES.

I. Joie des mondains. — II. Joie des Religieux. Quatre fleuves de joie en la Religion : i* L'Oraison ; 2" la Pauvreté ; 3° la Chasteté ; 4 l'Obéissance.

* ' ÊtWM ersonne ne peut vivre sans amour : aussi ne ^peut-on vivre sans joie. Le religieux, par son .éloignement du siècle, laisse des plaisirs de terre, de chair et de passage ; mais Dieu lui en donne en récompense de spirituels, de célestes et d'éternels.

Saint Anselme, dans une extase, connut la bassesse et la misère des contentements du monde et l'excellence de ceux de la Religion. Il vit un torrent fort vaste et fort impétueux, plein d'eau trouble, sale et remplie de toutes sortes d'immondices, qui étaient si vilaines et si abominables que la seule vue en faisait horreur. (Edmere, en sa Vie.)

Ce torrent traînait avec lui tout ce qu'il rencontrait : hommes, femmes, filles, garçons, riches, pauvres, artisans, marchands, avocats, et de quelque condition que ce fût. Ce saint personnage, étonné d'un spectacle si imprévu, demande à son conducteur de quelles viandes usait cette infortunée multitude ? Le conducteur répond : Cette fange et ce timon leur servent à rassasier leur faim et leur soif. — Hélas ! s'écrie saint Anselme, est-il possible que ceux à

qui cette nourriture plaît, osent se mettre au nombre des hommes? Le conducteur répliqua : Ne vous étonnez point , ce torrent que vous voyez est le monde, qui emporte et traite mal ceux qui lui engagent leur affection et qui se laissent entraîner par son impétuosité.

IL Cet Ange de lumière ajouta : Voulez-vous savoir la beauté et l'excellence de la Religion ? — Vous m'obligerez fort, repart Anselme ; je sens un extrême désir de cette connaissance. L'Ange le mène donc dans un beau et grand cloître, et lui dit : Regardez de toutes parts. Anselme jeta les yeux partout, et vit toutes les parois couvertes d'un très pur argent. L'herbe du préau était si agréable à la vue, qu'elle surpassait toutes les paroles et toutes les pensées qui l'eussent voulu décrire. Si l'on y désirait prendre son repos, elle se courbait de la même sorte que nos herbes communes. Mais elle se redressait aussitôt qu'on la laissait dans sa liberté. Elle était d'argent, et enrichissait ce lieulà d'une beauté ravissante. Saint Anselme, épris d'une très sensible allégresse, choisit cette demeure pour lui; et étant éveillé de ce mystérieux sommeil, il se résolut à fuir les vains ébats du siècle, et à aimer les délices innocentes de la vie religieuse qu'il avait embrassée.

La Religion est un paradis terrestre. C'est un Eden, c'est-à-dire un lieu de plaisir et de récréation. C'est l'état d'une parfaite sainteté. Ce paradis donne quatre grands fleuves de joie, qui arrosent non seulement la surface, mais aussi le sein de toute la terre.

Le premier fleuve, et le plus plein, est l'oraison, qui prend sa source dans Dieu même ; le second, la pauvreté, qui s'étend sur tous les biens temporels; le troisième, la chasteté, qui rafraîchit tous les membres du corps ; l'obéissance est le quatrième, qui pénètre jusqu'aux moelles les plus cachées de l'âme.

i. La joie qui se prend de la contemplation et de l'amour de Dieu dans l'oraison, surpasse toutes les délices de l'univers. Dieu en est l'objet infiniment aimable, qui

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