‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 45 sur 308 · LIVRE PREMIER. SECTION III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. SECTION III

répand des lumières et des douceurs ineffables sur l'âme qui s'en approche.

Saint Augustin, dans l'admiration de la grandeur, de la bonté et de la suavité de son Créateur, s'écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu, qu'est-ce que j'aime lorsque je vous aime? Ce n'est ni tout ce que l'espace renferme de beau, ni tout ce que les temps nous présentent d'agréable. Ce n'est ni cet éclat de la lumière qui donne tant de plaisir à nos yeux, ni la douce harmonie de la musique, ni l'odeur des rieurs et des parfums, ni la manne, ni le miel, ni tout ce qui peut plaire dans les voluptés de la chair, non, ce n'est rien de tout cela ; et néanmoins en aimant mon Dieu, j'aime une lumière, une harmonie, une odeur, une viande délicieuse, une volupté charmante. Mais cette lumière, cette harmonie, cette odeur, cette viande et cette volupté ne se trouvent que dans le fond de mon cœur, dans cette partie de moi-même qui est tout intérieure et tout invisible, où mon âme voit briller au-dessus d'elle une lumière que le lieu ne renferme point, où elle entend une harmonie que le temps ne mesure point, où elle sent une odeur que le vent ne dissipe point, où elle goûte une viande qui, en nourrissant, ne diminue point, et enfin où elle s'unit à un objet infiniment aimable, dont la jouissance ne dégoûte point. Voilà ce que j'aime quand j'aime mon Dieu. » Ainsi parle saint Augustin, qui avait éprouvé dans son cœur ce qu'il met sur le papier.

Dieu promet cette douceur de l'oraison dans le prophète Isaïe : « Je les mènerai, dit-il, sur ma sainte montagne, et les réjouirai dans ma maison d'oraison ; leurs holocaustes et leurs victimes me seront agréables sur mon autel, parce que ma maison sera la maison d'oraison pour tous les peuples de la terre. »

Cette montagne divine est la Religion. Toutes les cellules des religieux sont un sanctuaire où chacun d'eux se présente à son Créateur et Rédempteur en holocauste par ses vœux. C'est là que Dieu verse dans son âme un torrent

de délices, et qu'il l'enivre des vins de son palais céleste. C'est là qu'il trouve les paroles de Dieu plus douces que le miel et l'ambroisie.

Saint François recommandait avec soin à ses enfants la joie de l'esprit, ainsi qu'un puissant rempart contre toutes les attaques du démon, et il ajoutait ensuite que cette joie procède de la pureté de l'âme, ainsi que d'une vive source ; qu'elle s'acquiert par les bonnes œuvres, et principalement par l'oraison ; et qu'en conséquence, il faut se jeter dans le sein de l'oraison comme dans un port assuré, lorsque nous sommes agités de quelque fâcheuse tempête. Les Saints en ont fait l'expérience.

Saint Macaire dit que souvent les Serviteurs de Dieu sont dans un festin royal, où se trouve une très délicieuse abondance de viandes célestes et divines, qui leur cause une telle délectation qu'elle est inexplicable. Cassien certifie que l'abbé Jean avait coutume d'être rempli d'une si véhémente et si douce allégresse spirituelle, que souvent il perdait la mémoire des viandes et des repas. Saint Ephrem était si comblé des douceurs du paradis dans ses prières, que son cœur éclatait en soupirs d'amour et d'ardeur, et qu'il s'écriait souvent : Ah ! Seigneur, retirez-vous de moi, car ce petit vaisseau de mon corps n'est nullement capable de recevoir de si excessives faveurs. C'est ce que j'ai vu dans un religieux de notre Compagnie, lequel était si ardemment enflammé de l'amour de Dieu, et si plein de consolation, que son cœur se dilatant trop, il n'en pouvait plus, et priant Dieu de faire un peu de trêve, il se plaignait amoureusement avec des élans tout de feu de ce qu'il le pressait trop et l'obligeait au delà de ses mérites. Je tremblais cependant, de crainte qu'il ne tombât pâmé dans ma chambre. Chacun sait que saint Xavier, ravi en Dieu et •enivré de ce divin nectar, ouvrait sa soutane pour donner un peu d'air et de rafraîchissement à son cœur embrasé, et qu'il criait à haute voix : C'est assez, Seigneur, c'est assez. Sylvain, homme d'oraison et de mortification, après

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