‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 49 sur 308 · LIVRE PREMIER. SECTION III 5l · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. SECTION III 5l

les familles et retiennent leur poison, quelquefois dans la douceur, quelquefois dans l'amertume !

4. Le quatrième fleuve de joie qui remplit le religieux et le fait solidement heureux par les fruits dévie du paradis, c'est l'obéissance : par la soumission de l'entendement, de la volonté, et de toutes les puissances de l'âme et du corps à son Créateur, elle ne laisse nul sujet de tristesse. Elle lui donne une certitude infaillible que ce qui lui est intimé par son Supérieur, vicaire et lieutenant de Dieu, est l'ordonnance de Dieu même, et par conséquent utile à son salut. Il sait qu'obéissant en ce qui n'est pas évidemment mauvais, il a double mérite, l'un de la vertu qu'il exerce, et l'autre de la vertu d'obéissance, qui souvent apporte une plus belle et plus glorieuse couronne que la première.

Qui ne se réjouirait de cueillir des palmes et des lauriers à deux mains ? Qui ne serait bien aise de n'avoir nul doute s'il fait bien ou s'il fait mal ; s'il plaît à Dieu en ses exercices spirituels et corporels, ou s'il lui déplaît? Les plus saints et les plus illuminés flottent dans une fâcheuse incertitude et dans une cruelle anxiété lorsqu'ils s'emploient à quelques actes de vertu de leur propre mouvement, sur la crainte que l'amour-propre ne les aveugle et ne les fasse fourvoyer, et dans la vue qu'une grande quantité de personnes ont été trompées par des illusions très spécieuses.

Saint Gilles, étant d'une insigne vertu et d'un âge fort avancé, eut permission de faire ce qu'il voudrait, et de demeurer où il lui plairait. Ce saint frère fut quatre jours dans cet état, dans une pleine et entière liberté. Mais il reconnut qu'il n'avait nul repos d'esprit. Sur quoi il s'alla jeter aux pieds de son Supérieur, et le pria de lui assigner le lieu de sa résidence, l'assurant qu'il se trouvait dans l'impuissance de vivre en une obéissance si libre et si indéterminée.

Nous ne savons où Dieu veut nous donner ses grâces,

et où nous sommes en danger de chute. Laissons-nous conduire par l'obéissance, et soyons certains que notre navigation sera heureuse et assurée, et que nous arriverons au port désiré de la victoire et de la félicité.

Tous ces motifs de joie et d'allégresse sont communs aux prêtres et aux frères convers. Voyons maintenant qui a plus de raison et d'occasion de se réjouir.

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