‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 51 sur 308 · LIVRE PREMIER. SECTION III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. SECTION III

l'exercice des actes de vertu, qui réjouissent très utilement l'âme et l'embaument des odeurs du paradis.

Un frère dévot qui d'un cœur simple et affectueux se jette dans le sein de Dieu, comme l'enfant sur la mamelle de sa mère, ne perd point de temps et se nourrit avec douceur et profit. De plus, Dieu se plaît à converser avec les simples et à leur parler à cœur ouvert. Il révèle les secrets aux humbles et les cache aux orgueilleux. Nous traiterons encore de cette matière, et nous parlerons de l'oraison au livre suivant; par conséquent n'en disons pas davantage, et jetons l'œil sur les autres motifs.

2. Le vœu de pauvreté donne beaucoup plus d'occasion de joie à un frère vertueux qu'à un prêtre, vu qu'il a besoin de moins de choses pour ses habits, pour ses livres et pour le reste, et qu'il est assuré que jamais il ne sera obligé de trouver ce qui est nécessaire pour la nourriture et pour l'entretien des autres religieux.

Il est vrai qu'il est quelquefois occupé au labourage, au ménage, et aux autres offices qui touchent l'économie ; mais il ne fait qu'y porter la main et y prêter le travail de son corps. Tout le soin et toute l'anxiété tombe sur le Supérieur et sur les premiers officiers, qui sont prêtres. Un frère est quitte en disant : J'ai fait tout mon possible, dans l'assiduité et dans la vigilance dont je me suis pu aviser. Mais celui qui a une charge doit trouver moyen de donner à ses religieux le vivre, le vêtement et le logement honnêtes et commodes. Il doit soutenir les procès, réparer les pertes et payer les ouvriers. Un soldat prend et emmène le bétail, la grêle ruine les vignes, le feu consume la grange, une maladie se met dans le monastère : le pauvre Supérieur est traversé de tous ses soins, et accablé de douleur pour toutes ces disgrâces. Un frère convers nettoie son jardin, tient les clefs, fait une sacristie, apprête les viandes, accommode le réfectoire, vaque à son petit office, et étant vraiment pauvre, se réjouit d'autant plus qu'il lui manque plus de choses, se tenant dans le seul désir de son

salut et de sa perfection. Et quoique tous les prêtres ne soient pas supérieurs, ils ne sont pas néanmoins certains d'une exemption générale pour toute leur vie. Par conséquent, ils ne sont point si affermis dans la persévérance de leur joie, que ceux qui sont seulement occupés aux exercices corporels.

3. Le frère convers est moins obligé de connaître les vices qui sont contre le vœu de chasteté, et d'en ouïr parler que les prêtres, lesquels ne peuvent s'exempter en aucune manière d'étudier et les maux et les remèdes, et de souffrir, dans les confessions et dans la conversation, le récit de ce qu'ils voudraient bien éloigner de leurs oreilles. Il n'est nulle glace de Venise si belle qui ne se ternisse au moindre souffle. Si saint Paul, saint Benoît, saint François, et d'autres anges terrestres, ont senti qu'ils étaient hommes par les révoltes de leur corps, il n'est nul prêtre si uni à Dieu dans l'église et dans son oratoire, qui ne doive trembler au moindre sifflement du serpent et à l'ouverture d'une plaie pestilentielle. Cette crainte empêche beaucoup la joie de ceux qui se voient obligés parleur vocation de mettre les mains dans les ulcères qui au premier aspect font bondir le cœur. Le frère qui cependant ne s'occupe que de la pensée de son propre salut, vit content et joyeux dans son vœu de chasteté, comme le phénix dans les bois odoriférants de l'Arabie heureuse.

4. L'obéissance est une source de joie beaucoup plus abondante et plus inépuisable aux convers qu'aux prêtres; car leur obéissance est perpétuelle, et n'est troublée d'aucun gouvernement qui leur puisse apporter de la crainte ou de l'anxiété.

Les prêtres au contraire, dans plusieurs Ordres religieux, ont toute leur vie quelque sorte de supériorité, ou dans les classes sur les enfants, ou dans les congrégations sur les bourgeois, ou dans les églises aux prédications et aux confessions, ou dans les maisons et collèges sur les religieux. Ces charges ont toujours beaucoup de soins et d'anxiétés ;

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