‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 58 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE PREMIER

Dieu. 2° La passion de Jésus-Christ, mourant pour nous en croix. 3° La charité de la Vierge et des Saints, qui prient pour nous. 4° Les bienfaits de nature et de grâce que nous avons reçus de Dieu en la création, en la conservation, en la rédemption, et en plusieurs autres choses. 5° Les promesses réitérées de Dieu même, qui s'oblige à nous aider dans les combats et les travaux et à nous couronner dans la victoire.

Salvien se plaint à très juste titre de ce que l'on met son espérance en la parole d'un homme, et qu'on ne la met pas en Dieu. « O misère ! s'écrie-t-il, ô dépravation intolérable ! les hommes se fient aux autres hommes, et ils ne se fient pas à leur Créateur. Ils espèrent d'obtenir ce que les hommes leur promettent, et n'espèrent pas quand Dieu parle et quand il s'engage à eux par promesse ! » En un mot, toutes les actions des hommes roulent sur l'espérance ; cette vertu est la mère nourrice et le soutien de toute la vie. Nous jetons le blé en terre, afin de le recueillir avec usure. Nous mettons beaucoup de peine et d'argent à façonner les vignes, nous consolant par l'espérance d'une abondante vendange. Les marchands vident leurs trésors pour avoir des marchandises, sur ce qu'ils espèrent de les vendre à plus haut prix. Ceux qui vont sur mer mettent leurs biens et leur vie à la merci des vents et des tempêtes, animés par l'espoir d'arriver à quelque bon port et de venir à bout de leurs prétentions. Quoi encore? La paix s'établit et s'affermit entre les nations les plus barbares sur l'espérance et sur la fidélité. Les larrons mêmes et les meurtriers se donnent la foi les uns aux autres, et s'assurent sur des promesses mutuelles. Enfin, tout se fait entre les hommes par espérance. Il n'y a que Dieu de la fidélité de qui on désespère. Ce souverain Seigneur ayant mis une fidélité réciproque entre les éléments et toute la nature, on ne trouve presque rien à quoi l'on ne se confie, sinon à celui qui a fait que l'on se puisse confier aux créatures. Ne jugez-vous pas que Salvien a bien raison de

former ces plaintes? Tachez de votre côté de ne point tomber en de semblables défiances, et efforcez-vous d'exercer plusieurs actes d'une espérance vraiment filiale.

3. Les actes de cette sainte vertu sont en premier lieu, espérer la béatitude de l'âme ; c'est-à-dire, qu'après la mort, ayant été bien purifiés de toutes nos imperfections, nous verrons Dieu tel qu'il est ; que nous l'aimerons d'un amour très parfait et qui ne finira jamais ; que nous jouirons de lui par une délectation très pure qui n'aura point de fin, et que nous le posséderons pendant toute l'éternité. C'est pour ce motif que les Saints ont méprisé tous les iionneurs de la terre. Saint Symphorien, martyr, étant pressé par le Tyran de sacrifier à Cybèle, la mère des dieux, sur l'assurance qu'il le comblerait d'honneurs et de dignités, lui dit : « Toutes mes richesses et tous mes honneurs sont en Jésus-Christ, et il n'est nulle longueur de temps qui ne me les doive faire perdre. Votre convoitise ne vous donne point de véritable possession, encore que vous ayez tout ce que vous prétendez ; car le démon, par ses charmes et ses tromperies, vous brûle sans cesse de nouveaux désirs. »

Le second acte d'espérance est l'attente certaine de la béatitude du corps, tenant pour indubitable que ce corps mortel, après avoir été réduit en cendres, ressuscitera incorruptible, immortel, impassible, resplendissant, agile et subtil, et que jamais il ne sera privé de cette beauté, de cette splendeur et de cette majesté. C'est pourquoi Dieu laisse en ce monde quelques corps des Saints qui sont sans aucune corruption, comme ceux de saint Etienne, roi de Hongrie, de saint Romuald, de saint Xavier, et d'autres, et en remet en leur entier quelques autres, comme celui de saint Stanislas, évêque de Cracovie. Ce saint martyr ayant été mis en plusieurs quartiers, et jeté dans la campagne pour être dévoré par les chiens et les bêtes farouches, quatre aigles les empêchèrent de s'en approcher : les gens de bien, encouragés par ce miracle, y allèrent pour ra-

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