LIVRE SECOND. CHAPITRE PREMIER
masser les parties de son corps éparses çà et là ; mais ils trouvèrent le corps tout entier, sans aucun vestige de cicatrices.
Le troisième acte d'espérance consiste à être assuré d'avoir une éternelle demeure dans la céleste Jérusalem, où nous aurons le bonheur de voir la glorieuse Vierge, les Anges et les Saints, avec lesquels nous vivrons et louerons Dieu pendant toute l'éternité. Et il ne faut pas que nos chutes nous jettent dans le désespoir; il est toujours temps de faire pénitence, jusqu'à la mort. Si les diables mêmes avaient une véritable douleur de leurs crimes, ils iraient en paradis, comme saint Martin l'assura à un de ces malheureux esprits ; mais leur obstination les rend indignes de toutes les grâces qui leur pourraient faire détester leurs péchés.
Le quatrième acte d'espérance est une ferme confiance que Dieu nous donnera les moyens nécessaires pour arriver à cette éternelle félicité : la rémission de nos péchés, l'extirpation de nos mauvaises habitudes, la mortification des passions, l'acquisition des vertus, la victoire des tentations, la familiarité avec Dieu. Nous devons espérer toutes ces grâces, d'autant plus qu'elles sont nécessaires pour obtenir le degré de béatitude auquel Dieu nous a prédestinés. Les tentations étonnent la plus grande partie des hommes ; mais l'espérance en Dieu atterre tous les princes des ténèbres.
César, pour laisser quelque mémoire de lui, lâcha un cerf dans les bois avec cette inscription : J'appartiens à César, ne me touche^ pas. Nous appartenons tous à Dieu, espérons qu'il nous protégera contre les attaques de tous nos ennemis. Sigismond, roi de Pologne, le déclara dans son symbole, où il avait mis ces mots : Dieu est le protecteur de ceux qui espèrent en lui.
Le cinquième acte d'espérance, c'est espérer l'aide des Saints et des Anges, qui nous assisteront tant par leurs oraisons que par les grâces qu'ils nous obtiendront, afin T. i. 5
que nous puissions nous sauver. Nous traiterons de cette assistance au chapitre onzième de ce livre.
Le sixième acte, c'est espérer toutes ces faveurs, non par ses propres mérites, mais par les mérites de Jésus-Christ, de qui dérivent, comme de notre chef, toutes les grâces qui nous font subsister comme ses membres. Saint Pacôme, ayant vu dans une extase plusieurs de ses religieux qui devaient tomber en de lourdes fautes, pria Dieu très instamment de les relever par sa bonté, et ajouta : Vous savez, Seigneur, que depuis que j'ai pris l'habit de religion, je me suis toujours humilié en votre présence, et je n ai jamais mangé de pain, ni bu de vin, ni pris aucune chose jusqu'à en être rassasié. Il entendit aussitôt une voix qui lui disait : 0 Pacôme, ne te glorifie pas, mais demande pardon de tes péchés : car tout dépend de ma miséricorde et elle conserve tout en bon état. A l'instant il se prosterna la face contre terre, et s'écria : Ah ! Seigneur, faites-moi miséricorde, sans laquelle je suis perdu et tous mes religieux. Il vit alors une grande multitude d'Anges tout rayonnants de gloire, et au milieu d'eux, notre Sauveur Jésus-Christ qui brillait comme un soleil et qui était couronné d'épines. Les Anges, ayant fait lever de terre ce saint homme, lui dirent : Parce que vous avez demandé à Dieu de vous envoyer ses miséricordes, voici la miséricorde même, le Dieu de gloire, Jésus-Christ fils du Père éternel, qui est venu en ce monde et a été crucifié pour votre amour, et qui maintenant vous apparaît. Jésus, se tournant de son côté, lui promit une telle assistance pour ses religieux, qu'enfin, se retirant de leurs fautes, ils se sauveraient.
Sœur Grâce, de l'Ordre de Saint-François de Paule, étant fort inquiétée et tourmentée par le démon, s'écriait pleine d'espérance en Dieu : Christus vincit, Christus régnât, Christus imperat ; Jésus est toujours victorieux, Jésus est le roi du ciel et de la terre, Jésus seul doit commander, et l'on doit obéir à ses saintes volontés. A ce peu