‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 64 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE PREMIER ~]Z · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE PREMIER ~]Z

Dieu qui aime les créatures comme il faut. Notre amour n'est nullement comparable au sien. Et en effet, il n'est d'amour effectif par soi-même que l'amour divin.

Saint Dorothée se figurait que le monde est un cercle, et que Dieu en est le centre, d'où sortent toutes les lignes, et cù elles doivent toutes aboutir. Tous les fleuves viennent de la mer, et ils y retournent tous. Rendons à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

Cette bonté infinie nous accorde par amour tous ses trésors : elle nous donne la terre pour nous soutenir et nous nourrir, l'eau pour nous laver et nous rafraîchir, l'air pour nous aider à respirer, le feu pour nous chauffer, le soleil, la lune et tous les astres pour nous illuminer et nous soulager : que l'amour lui rende ce que nous avons et surtout nous-mêmes.

Les Anges qui gouvernent le monde, qui président aux royaumes, qui protègent les provinces, les villes, les églises, les maisons et les personnes particulières, sont autant de bienfaits qui nous viennent de la main libérale de Dieu, afin de nous assister à notre salut. Les Saints nous sont donnés de la même bonté, afin que par leurs exemples et leurs instructions ils nous dirigent dans nos doutes et nous secourent dans nos besoins. Tous les hommes, tant bons que mauvais, servent pour nous instruire et pour nous exercer. Et par conséquent ce sont autant de bienfaits que nous recevons de la main toute-puissante de Dieu.

Sans sortir de notre corps et de notre àme, nous trouvons autant de dons du Créateur qu'il nous a donné de membres, de sens, d'appétits, de passions, de facultés et de puissances. Dieu nous fait la grâce d'être, de vivre, de sentir, de marcher, de parler, d'entendre, d'aimer et de travailler. Il nous comble de ses faveurs surnaturelles, il orne et enrichit nos âmes par les vertus infuses et par les dons du Saint-Esprit, qui sont autant de singuliers bienfaits qui nous environnent de tous côtés. La gloire du paradis qu'il

nous prépare est le comble de tous les biens, et pour cette gloire nous lui devons avoir d'infinies obligations, vu qu'il nous y offre la jouissance de lui-même, la conversation avec notre aimable Sauveur, la glorieuse Vierge Marie, les Anges et les Saints durant l'éternité.

Pour tous ces dons, et pour tous les autres, il ne demande rien de nous sinon notre cœur et notre amour. Ne serionsnous pas très ingrats, si nous les lui refusions? La considération de tant de bienfaits touchait de telle sorte le cœur d'Alphonse Rodriguez, très saint coadjuteur de notre Compagnie, qu'il ne désirait de vivre et de mourir que par amour, particulièrement depuis qu'il fut frappé sensiblement de ce divin feu dans une extase, de laquelle étant revenu, il resta sans force et sans pouls, comme près de mourir dans une dernière agonie. Il demandait souvent à Dieu son saint amour, et de lui ôter mille fois la vie, en le précipitant au plus profond des enfers avec sa grâce et son amitié, plutôt que de permettre une seule chute au moindre péché véniel.

Le troisième motif de l'amour de Dieu est son excellence. Saint Prosper, au troisième livre de la vie contemplative, lui donne ces éloges : « La charité est la plus puissante de toutes les affections de l'âme. Elle est invincible en toutes choses; c'est l'abrégé de toutes les saintes actions, la fin des commandements de Dieu, la mort des vices et la vie des vertus. »

Salomon assure que la charité est forte comme la mort, ce que saint Augustin pèse de cette sorte : On ne pouvait expliquer plus magnifiquement la force de la charité. Car qui est-ce qui peut résister à la mort? On résiste au feu, à l'eau et au fer ; on s'oppose aux princes et aux rois : la mort s'avance, et personne ne se trouve assez fort pour lui résister. Il n'est rien de plus puissant qu'elle. Pour cette raison, on lui compare la charité, qui, tuant en nous ce que nous étions pour nous faire vivre d'une vie nouvelle, y cause une certaine mort. Cette mort heureuse avait frap-

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