‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 66 sur 308 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE L'ORAISON EN GENERAL. COMBIEN ELLE EST NECESSAIRE AU RELIGIEUX OCCUPE AUX OFFICES DE MARTHE.

I. Nature et excellence de la vertu d'Oraison. — II. L'Oraison est nécessaire aux Convers.

^aY§I\près les vertus théologales, suit la vertu de reli- Jlgion, qui est la plus excellente de toutes les vertus morales. Elle a Dieu pour son objet comme le premier principe de la création et du gouvernement du monde. Elle le révère en cette qualité, et est une certaine protestation de foi, d'espérance et de charité. Un de ses actes principaux est l'oraison, qui s'adresse à Dieu comme à son premier principe et au Maître souverain des hommes et des Anges, afin de trouver secours en sa bonté et en sa puissance dans les besoins. L'oraison est un vol de l'esprit, qui s'élève au ciel pour se jeter dans le sein paternel de son Dieu, pour y verser ses soucis, ses désirs, ses amours et son cœur, et pour puiser à cette abondante source quelque rayon de lumière afin de se conduire et des flammes afin de s'embraser dans l'affection de son unique et souverain Bien.

Quiconque se peut faire homme d'oraison, est assuré de son salut et de sa perfection, autant qu'on le peut être en ce monde. Car il est uni à son Dieu, qui, étant une bonté infinie, se rend toujours plus aimable à sa créature ; qui, étant une sagesse infinie, le dirige et l'illumine dans ses doutes et ses perplexités; qui, étant une puissance infinie, le retire de ses imperfections, l'orne de ses grâces, et l'élève à des connaissances célestes et divines. Dès cette vie il le met en paradis et dans la conversation des Saints, des Anges, de Notre-Dame, de l'Humanité de notre Sauveur,

et de toute la très sainte Trinité. C'est pourquoi les saints Pères ne se peuvent lasser de louer l'oraison, de laquelle ils recevaient tant de grâces.

Saint Éphrem l'appelle le frein de la colère et de l'orgueil, le remède à la haine des ennemis qui nous ont offensés, la destruction de l'envie, l'amendement de l'impiété. C'est, dit-il, le sceau de la virginité, le renfort des voyageurs, la gardienne de ceux qui reposent, la confiance de ceux qui veillent, la fertilité des laboureurs, le salut des nautonniers. Elle supplie pour les pécheurs, elle délivre les prisonniers et console les affligés. Elle est un colloque avec Dieu, et un honneur égal à celui des Anges, qui voient et qui louent leur Créateur. Elle avance les justes dans la vertu, et retire des péchés et de l'abîme ceux qui se sont fourvoyés. Saint Éphrem donne plusieurs autres éloges à cette sainte vertu, mais ceux-ci suffisent à présent. Considérons un peu comment elle est particulièrement utile aux frères qui sont occupés aux exercices corporels des Maisons religieuses.

II. Il est vrai que personne ne peut se maintenir, beaucoup moins s'avancer dans la perfection chrétienne et religieuse sans le don d'oraison. Mais il est surtout nécessaire au religieux qui n'est pas appliqué à l'étude des sciences, et qui est distrait dans les offices de la sacristie, de la porte, de la cuisine, et de semblables occupations. J'en apporterai brièvement six raisons.

i. Premièrement. On ne peut sortir de l'Egypte, passer la mer Rouge, traverser le désert plein de sable mouvant, qui couvre souvent le chemin aux voyageurs, si l'on n'a une lumière et un guide pour arriver à la terre promise. Ceux qui s'appliquent aux sciences ont une lumière naturelle qui leur montre la grandeur de Dieu, la nature et les propriétés des vertus et des vices, les moyens et les motifs pour acquérir les unes et pour fuir les autres. Ils voient dans les histoires de diverses nations les exemples des rois, des princes, des gentilshommes, des magistrats et de plu-

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