‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 67 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE II

sieurs autres, qui les poussent à l'imitation des actions héroïques, et à la fuite des lâches et des vicieuses. Ils pénètrent de plus, avec la lumière de la foi et du raisonnement, les saintes Écritures, qu'ils contemplent et examinent par l'aide des saints Pères et des docteurs de l'Eglise. Ils ont l'assistance des Conciles généraux et des autres, pour les diriger et les illuminer dans la considération des Sacrements et des mystères les plus cachés. Ils ont la contemplation des astres par le moyen de l'astronomie, la considération de la terre par l'aide de la géométrie. La philosophie leur montre les météores, les minéraux, les herbes, les fleurs, les arbres et l'homme même. La théologie leur déclare l'excellence des Anges, de la Divinité, et de tout ce qu'il y a de surnaturel dans le paradis et dans l'Eglise. Par toutes ces belles connaissances ils sont poussés à admirer, à louer, à aimer et à servir un Créateur si puissant, un Roi si redoutable, un Père si bon et si libéral.

Un pauvre frère convers, dénué de toutes ces assistances, est un homme qui a de bons yeux, mais qui vit au milieu de l'Egypte si pleine de ténèbres que le soleil n'y fait paraître aucun de ses rayons. Le remède universel est de demander à Dieu le don d'oraiscn, laquelle sera son ange conducteur, et lui donnera des lumières nécessaires dans les routes les plus perdues. L'oraison seule lui tiendra lieu de toutes les sciences. Elle est la science des Saints, qui révèle aux petits les secrets cachés même aux prétendus sages qui veulent, par la seule force de leur esprit limité, connaître les grandeurs et les secrets d'un Dieu infini.

Oratio, dit Cassiodore, est oris ratio; L'oraison est la raison de la bouche. De sorte que la bouche du religieux qui prie est une bouche qui, en raisonnant, porte dans ses paroles une céleste lumière dans l'âme. Sa langue est semblable à celle d'un petit poisson qu'on appelle lucerna, lequel a une langue toute lumineuse ; ou plutôt, la

langue d'un religieux qui est en oraison est la langue d'un séraphin qui prend sa splendeur et son ardeur de Dieu même, et qui s'écrie : Saint, Saint, Saint est le Dieu des armées, toute la terre est pleine de sa gloire.

Saint Éloi demanda au roi Dagobert la ville de Solignac, à cause qu'elle est proche de Limoges, dont il était natif. La raison qu'il proposa pour l'obtenir de ce prince, fut qu'il avait dessein d'y dresser une échelle qui arrivât jusqu'au ciel. Il y fit bâtir une abbaye de cent cinquante religieux, qui, par leurs oraisons et leurs contemplations, s'élevaient chaque jour de la terre en paradis.

Les frères occupés aux offices domestiques s'élèvent dans les cieux à l'aide de l'oraison. Léon et André de Catane, frères laïques capucins, étant en prière dans l'église de leur couvent, un vertueux laboureur vit sortir du haut de cette église un grand globe de feu, lumineux comme un soleil. Il s'approche dans l'admiration de ce prodige, et aperçoit deux flambeaux éclatants qui s'élevaient de là jusqu'au ciel. Etonné de cette merveille, il court au couvent, et avertit le portier, avec lequel il entre dans l'église. Ils v trouvèrent ces deux frères auprès de l'autel en oraison et élevés en l'air dans un transport prodigieux, qui paraissaient environnés d'une céleste lumière. De quels rayons crovez-vous que leur âme devait être éclairée, puisque les autres recevaient une si ravissante clarté de l'éclat qui sortait de leurs corps?

2. Secondement. Un frère convers, qui n'est appliqué ni à l'étude ni au chœur, est plus obligé d'être homme d'oraison qu'un homme docte ou qui est souvent à l'église, parce que les distractions lui traversent plus facilement l'esprit dans les occupations extérieures. Les objets matériels lui frappent fortement les sens, lui emportent et attachent l'imagination, lui embarrassent l'âme, qu'ils tirent hors d'elle-même, et qu'ils exposent à plusieurs dangereuses rencontres. Le remède se prend de l'oraison seule, qui, par une élévation fréquente, s'approche de Dieu,

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