‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 76 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE III g · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE III g

ce Général comme son légitime successeur, et le caressait, ainsi que son très cher fils, qu'il remplissait de son esprit, à l'exclusion des ambitieux qui briguaient cette charge éminente.

III. Quoique les prêtres doivent quelquefois employer la voix du corps dans leurs prières, et que Notre-Seigneur et les Apôtres leur en aient donné l'exemple, cette pratique toutefois est plus propre à ceux qui n'ont point étudié et qui sont occupés aux offices de Marthe. Les raisons se peuvent tirer et de la part du corps et de la part de l'âme.

i. Leur corps dans le travail a besoin de santé et de force, pour supporter avec patience et avec persévérance tous les maux qu'il y doit souffrir. C'est l'oraison, et d'ordinaire la vocale, qui les obtient. C'est elle qui a rendu la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la langue aux muets, la vie aux morts, par l'aide de Notre-Seigneur et de ses Saints. Les martyrs ont obtenu le secours du Ciel par des prières vocales. Et Dieu les encourageait réciproquement par des voix célestes, comme saint Éphyse dans la prison, saint Hermyle au milieu des tourments, saint Stratonique à la fin de sa vie.

2. Cette oraison de la voix est facile. Le moindre acte de la volonté remue la langue par un empire despotique et absolu, qui ne trouve nulle résistance. Il n'importe que l'on ne conçoive pas le sens des paroles que l'on prononce, c'est assez que Dieu le conçoive parfaitement et prenne plaisir à l'honneur qui lui est rendu.

De plus, on entend toujours quelques paroles, quand ce ne serait que les noms de Dieu, de Jésus, de Marie, ou de quelques Saints. Ils seront pour nous une manne céleste et pleine d'une suavité suréminente et divine.

Lorsque le B. Jacques l'Allemand, conversde l'Ordre de Saint-Dominique, disait le Pater noster, il lui semblait que sa bouche était remplie d'un rayon de miel très agréable. Lorsque saint François prononçait le nom de Jésus, ou qu'il l'entendait prononcer, il était rempli d'une

si grande joie dans son cœur, qu'on en voyait l'altération dans son visage et dans le port de son corps, comme s'il eût goûté des viandes exquises ou entendu une très harmonieuse musique. Lorsqu'en disant son psautier il prononçait Dominus, c'est-à-dire Seigneur, il y sentait une si grande douceur qu'il semblait s'en lécher les lèvres.

3. Le frère convers doit s'adonner à l'oraison vocale, parce qu'elle est agréable à Dieu. Une pauvre femme japonaise, étant encore idolâtre, disait plus de cent mille fois chaque jour le nom de son Dieu, Amida, en l'invoquant dans un très grand sentiment de son âme, sans dire autre chose que, Amida, Amida, Amida. Le vrai Dieu, ayant pitié de sa créature, qui était dans l'erreur en pensant bien faire, lui fit connaître la vérité de la foi, et étant baptisée, elle dit alors autant de fois chaque jour Jésus Maria, qu'elle prononçait auparavant le nom à' Amida. Et comme le démon, se plaisant à la première invocation, l'éveillait tous les matins, afin de ne point manquer à sa superstition, aussi Dieu lui envoyait tous les jours son bon Ange, afin de ne point manquer au bon propos de son oraison vocale.

Saint Guillaume, abbé de Dijon, homme d'une rare probité et d'une rare prudence (qui avait converti et attiré à la perfection plusieurs religieux, et entre autres saint Odilon, une des grandes lumières de l'Ordre de Saint-Benoît), instruisait les frères convers de son monastère à prier vocalement, en disant cinq louanges à Notre-Seigneur, comme ils avaient cinq sens au corps par lesquels ils l'avaient offensé. Il leur ordonnait de lui demander miséricorde par ces cinq éloges : Seigneur, Jésus, Roi de piété, Très débonnaire, Roi de bonté ; et à chaque éloge, de dire une fois le Miserere. Cette prière, récitée quinze fois, leur tenait lieu du psautier des prêtres. Ce saint abbé avait sous sa dépendance environ douze cents religieux, distribués en quarante monastères, et il en éleva plusieurs, tant convers que clercs, à une très haute perfection.

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