‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 85 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE V IO · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE V IO

Dieu est la bonté même, qui regorge de telle sorte de tous les biens imaginables, qu'il ne diminue rien de ses richesses par ses profusions. Notre-Seigneur se plaignait à ses Apôtres de ce qu'ils ne lui demandaient rien de ce qui leur était nécessaire. C'est une mère nourrice qui a trop de lait et qui se fâche de ce que son enfant n'en tire pas suffisamment pour soulager ses mamelles, et pour en prendre pour lui de la nourriture et de la vigueur.

Désirez l'oraison comme une personne altérée désire la fontaine, comme un enfant pressé de la faim soupire après la mamelle, et comme un marchand souhaite l'arrivée de son navire, qui approche du port, rempli des perles de l'Orient et de l'argent du Pérou.

4. En quatrième lieu, le bon usage de l'oraison précédente est une excellente préparation pour la suivante. Dieu est un maître d'une sagesse infinie, il est très libéral de ses biens, mais il n'en est pas prodigue. Il veut qu'avant de se charger la mémoire d'une leçon plus élevée, on sache et on pratique celle qu'il a donnée. Il prend plaisir à verser dans l'âme des liqueurs célestes; mais il voit à regret que l'on en répande par terre une seule goutte. Il ne donnait de la manne que pour un jour, et voulait qu'on s'en servît en la pilant et la faisant cuire pour s'en nourrir et se rendre digne d'en recevoir autant le lendemain.

Si vous désirez réussir avec profit et avec facilité dans cette pratique, à la fin de chaque méditation, faites une courte, mais une sérieuse réflexion sur les lumières et sur les affections que le Ciel vous a communiquées. Mettez dans votre mémoire la principale et la plus utile, afin d'y jeter les yeux de temps en temps durant la journée. Ce soin vous sera d'un notable profit et d'un grand goût, et souvent il arrivera que cette réflexion sur votre oraison au milieu de vos travaux corporels, vous donnera des clartés plus brillantes, et une chaleur plus douce et plus pénétrante qu'en l'heure de l'oraison même.

Quelquefois, durant le temps destiné à la contempla-

tion.Dieu ne laisse tomber de son char triomphant qu'une petite étincelle ; mais si elle est recueillie par la main d'un chérubin ou d'un séraphin, elle suffira pour embraser Jérusalem, qui est l'âme sainte.

Ce discours vous montre l'erreur de ceux qui, n'ayant point eu le vent en poupe durant leur oraison, la négligent et se laissent tomber Les bras le reste du jour; l'homme avisé qui se sert du peu de vent qu'il a, et qui à force de bras gagne le port, y arrive souvent avec plus de sûreté et de mérite que s'il en avait eu un plus véhément.

5. En cinquième et en dernier lieu, le religieux qui désire exceller en la méditation et en la contemplation des mystères sacrés, doit tenir le temps du soir précédent pour très précieux. Pour l'ordinaire, tel a été le soir, tel sera le matin. On juge de la beauté du jour suivant par l'air serein ou par les nuages que l'on aperçoit au coucher du soleil.

Dès que vous entrez à table pour le souper ou pour la collation, ouvrez votre cœur à Dieu, qui commence à vous parler dans la lecture qu'il vous fait. Dans la conversation qui suit le repas, prenez garde de ne point trop dissiper votre esprit. Il vous sera très utile de parler des matières de votre oraison du jour même et du lendemain. N'est-il pas véritable que si vous vouliez faire un bon festin à votre ami, vous prépareriez les viandes pour le moins dès la veille?

Après la récréation suivent les prières. Appliquez-y votre esprit avec soin et avec piété ; mais principalement aux Litanies des Saints, vous excitant à la ferveur par le souvenir de leurs héroïques vertus et de leur gloire. Invoquez-les tous en général, pour qu'ils vous obtiennent une bonne disposition à l'oraison le reste du jour et durant la nuit, et un heureux succès le lendemain matin. Prenez-en un en particulier pour votre patron, et d'ordinaire quelqu'un de ceux dont on fera la fête. Vous le pourrez choisir dans les Litanies, ou dans le Martyrologe qu'on vous lit au réfectoire.

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