‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 86 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE V IOO · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE V IOO

Lorsque le préfet des choses spirituelles vous donne la méditation, écoutez Dieu qui vous parle et qui vous instruit par sa bouche. Prenez garde à la disposition des points qu'il vous assigne et au fruit qu'il prétend que vous en tiriez. Ayant cette divine liqueur dans votre âme, retirez-vous dans le silence, et gardez-le inviolablement jusqu'à ce que vous vous couchiez. Ne parlez jamais à qui que ce soit, sinon de choses absolument nécessaires, et pour lors faites-le fort brièvement et d'une voix fort basse. De cette réserve dépend le bon succès de votre oraison. Car si vous donnez l'air à votre cœur par votre bouche, assurez-vous que les bonnes pensées qui commencent à s'y former seront éventées, et n'auront plus de force pour produire du fruit, ni pour embaumer votre âme des parfums du paradis.

C'est une très bonne et très louable coutume d'aller ensuite à l'église pour se prosterner devant notre Sauveur présent dans le Saint Sacrement, et lui offrir en toute humilité la nuit et la méditation du matin. Il vous sera utile de lui présenter le fruit et l'affection principale que vous prétendez tirer de la méditation, afin qu'il y verse ses grâces les plus choisies. Confessez-lui votre faiblesse; mais élevez votre courage par la considération de ses bontés et de son pouvoir.

Suit l'examen de votre conscience. N'oubliez jamais d'y faire rendre compte à votre âme du fruit qu'elle a fait de l'oraison du matin durant le cours de toute la journée. Si elle en a fait un bon usage, remerciez-en Notre-Seigneur, et concevez une bonne espérance pour le lendemain. Ne vous fiez pas néanmoins sur vos propres forces, car souvent vous vous trouveriez abandonné, aride et désolé. Si vous avez manqué à votre devoir, demandez-en pardon à Dieu, et proposez-vous d'avoir un soin plus exact le jour suivant.

En vous couchant, pratiquez le conseil de saint Ignace, qui nous ordonne de penser alors au sujet de notre médi-

tation, au moins l'espace d'un Ave Maria, et de tâcher de nous endormir sur cette pensée. Il veut aussi qu'en notre réveil durant la nuit, nous y jetions un coup d'œil.

Toutes ces petites pratiques entretiennent le feu de notre cœur, et le rendent propre à concevoir des flammes dans le temps destiné à l'oraison ; et ne pensez pas que l'on exige trop de vous quand on vous les prescrit. Dieu nous commande en l'Ecclésiastique de préparer notre âme avant l'oraison, et de ne le point tenter dans ce saint exercice.

Tenter Dieu, c'est éprouver s'il fera quelques merveilles au-dessus des forces de la nature. Ne serait-ce pas un miracle, et un miracle qui étonnerait tout le monde, si un pauvre frère convers, qui n'a jamais étudié, prêchait tous les jours devant le Pape et devant les Cardinaux, une heure durant, sans nulle préparation? S'il était assez simple pour prendre le surplis et pour monter en chaire à ce dessein, ne le prendrait-on pas par le bou t de sa robe pour l'arrêter, et ne sonnerait-on pas toutes les cloches pour lui imposer silence et pour empêcher d'entendre les choses ridicules qu'il dirait? Et cependant il ne devrait parler qu'à des hommes, qui seraient eux-mêmes bien embarrassés s'il fallait prêcher sans s'y être disposés préalablement.

Saint Augustin, se préparant à prononcer un panégyrique à la louange d'un empereur, avait l'esprit tourmenté d'inquiétudes, et comme agité d'une fièvre ardente par les pensées qui le troublaient et lui jetaient de la frayeur dans le cœur; et nous aurons la témérité de nous présenter tous les jours une heure devant le Créateur du ciel et de la terre, en la présence duquel les Trônes et les Dominations et tous les chœurs des Anges frémissent, sans nous être préparés ! Quelle folie que nous prétendions entretenir ce souverain Monarque avec une imagination remplie de fantômes impertinents, avec une mémoire vide de bonnes pensées propres au sujet de notre méditation, avec un entendement embrouillé de mille soins et de mille desseins chimériques, avec une volonté froide et glacée, faute d'à-

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