‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 88 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE V I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE V I

si libéral, et quelquefois de révérence envers un Roi et un Juge si puissant et si redoutable.

2° En suite de ces considérations et de ces affections, qui peuvent durer environ l'espace d'un Miserere, faites une profonde génuflexion, adorant votre Créateur et votre souverain Seigneur. Le publicain, se retirant au bas du temple, le plus loin de l'autel qu'il put, n'osait pas lever les yeux de terre. Il se frappait la poitrine, avouant qu'il méritait d'être puni et d'être rejeté de Dieu. Il se déclarait pécheur, et ne prétendait rien obtenir que par une pure grâce et une singulière miséricorde. Cette modestie et cette humilité plurent tellement à Dieu, qu'il retourna justifié en sa maison. Au contraire, le pharisien, gonflé d'orgueil, s'avança d'abord près de l'autel, et raconta la tête levée ses bonnes œuvres. Pour cette raison il fut rebuté de Dieu, et il sortit du sanctuaire plus chargé de crimes qu'auparavant.

Sainte Mélane était si adonnée à la contemplation des choses divines, qu'elle y employait presque toute la nuit, ne dormant que deux heures. Elle avertissait ses religieuses de prier avec toute l'application de leur esprit, et avec une très grande révérence, estimant prudemment que c'est une chose déraisonnable de demander des biens à Dieu, et de ne les pas demander dans la bienséance et la dévotion nécessaires. « Ceux, disait-elle, qui s'adressent à un roi de la terre (quoique ce ne soit qu'un homme sujet à la mort et aux misères de la vie), se comportent avec une modestie et une révérence très grandes en leurs habits, en leur visage, en leurs paroles, en leurs gestes et en tout le reste. N'est-il donc pas juste qu'à l'approche du Roi des rois, de l'Immortel, de l'Infini, du Dieu très aimable et très libéral envers les personnes vertueuses, et très redoutable et très rigoureux envers les méchants et les lâches, nous nous présentions avec crainte, avec respect et avec la meilleure disposition que nous pourrons? » Cette sainte âme avait une très grande raison de donner cet avis, et nous devons tâcher de le réduire en pratique.

3° Approchez-vous de votre oratoire, et, prosterné à deux genoux, parcourez dans votre esprit le mystère que vous devez méditer, afin de maintenir votre imagination dans son devoir. Racontez-vous à vous-même, par exemple, le mystère de la Nativité de Notre-Seigneur, de cette manière ou de quelque autre semblable : L'empereur César Auguste ayant fait commandement par toute l'étendue de son empire que l'on tînt un compte exact de tous ses sujets, et que chacun se fît inscrire à la ville d'où il était natif, lui et ses ancêtres, saint Joseph et la bienheureuse Vierge, se mirent en chemin pour aller à Bethléem. C'était en hiver et en temps froid, le chemin était plein de boue et incommode ; ils s'en allaient néanmoins très joyeux d'avoir cette occasion de souffrance. Ils entrent dans la ville et s'en vont à l'hôtellerie. Le maître du logis accourt pour les recevoir ; mais, les voyant pauvres et mal habillés, il les rebute, sur la pensée qu'il n'y a rien à gagner. Eux baissent la tète, et, sans dire un seul mot de fâcherie, se retirent et cherchent de rue en rue quelque logis ; néanmoins ni l'offre de leur argent ni leurs prières ne peuvent toucher le cœur de personne pour les recevoir. Ils prennent tous ces rebuts avec patience, et sortent de la ville sans se troubler. Ils rencontrent une étable abandonnée, proche de la colline. Elle était pleine d'ordures et d'infection, et ce qui était le plus fâcheux, elle paraissait rompue en plusieurs endroits et ouverte à tous vents. La Reine du ciel et de la terre entre là-dedans, s'estimant heureuse de se trouver dans cette pauvreté, qu'elle savait être très agréable à son Fils et à son Dieu. Elle s'occupe aussitôt avec saint Joseph à nettoyer l'étable et à préparer la crèche pour y mettre le Sauveur du monde. Tout étant disposé le mieux possible, elle se mit à genoux, et étant dans une très haute contemplation d'un si adorable mystère, elle vit devant ses pieds sur un peu de paille et de foin son très cher Enfant, qui pleurait et tremblottait de froid. Elle le prit alors entre ses bras, et dans un saint transport d'amour, et tout exta-

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