XII EPITRE
VII. Les Morts mêmes parlent à la louange de votre saint Ordre, qui sanctifie tous ses enfants. Un Novice, incité à la fuite par l'ennemi de son bonheur, avait déjà fait quelques pas pour son retour au siècle de corruption, et passait par le Cimetière où l'on enterrait les Religieux. Alors les Aines de ces fervents Serviteurs de Dieu l'arrêtèrent au passage, et, lui apparaissant dans un merveilleux brillant de gloire, lui dirent : « Retourne^ promptement à votre Cellule, reprenez votre habit, et maintenez-vous dans une constante persévérance. Nous vous assurons, par le nom du Dieu vivant, que tous ceux qui sont enterrés dans ces tombeaux sur lesquels vous passe^ sont Saints, et jouissent en ce moment de la glorieuse vue de leur Créateur, à la réserve d'un seul '. »
VIII. Et en vérité, quel moyen y a-t-il de ne se point sanctifier dans la retraite d'une solitude qui tient l'âme comme dans une forteresse inaccessible à tous les ennemis qui ont conjuré notre ruine, qui dompte les plus vives et les plus farouches passions, par une abstinence de viande si rigoureuse qu'elle ne change pas même à la vue d'une mort certaine, et par des jeûnes qui durent presque toute Vannée, et qui enfin attache l'âme à son souverain Bien par des oraisons si fréquentes et si longues, qu'elles occupent presque tout le jour et toute la nuit, dans les églises en la présence du Saint Sacrement, et au milieu d'un grand nombre de Serviteurs de Dieu, comme au milieu d'autant de Chérubins et de Séraphins, qui par une extase d'amour s'écrient sans cesse : Saint, Saint,
1 Petrus Sutor in Chron. ann. i35o.