‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 96 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE VII

reçoit de pareilles affections dans la vue de son Dieu et de ses mystères.

II. Voyons quelques propriétés de ce don de Dieu. i. La contemplation est une manière d'oraison plus facile que la méditation, comme il est plus facile d'ouvrir les yeux sur un beau tableau d'Apelles ou de Michel-Ange, que de raisonner sur les attitudes, sur les proportions des membres et sur le mélange judicieux des couleurs. La méditation casse la noix avec peine et travail, et la contemplation la trouve prête à manger. C'est un don signalé de Dieu d'être conduit par cette voie, et un moyen facile pour continuer longtemps l'oraison sans fatigue.

2. La contemplation est plus agréable que la méditation, comme on éprouve plus de joie et de récréation à entrer au jardin des Tuileries à Paris, ou à celui de Fontainebleau, que d'en parler au logis. Dans un clin d'oeil on voit des parterres de tulipes, de lis, de roses, d'oeillets et de toutes sortes de fleurs. On admire les allées à perte de vue, ornées d'une grande quantité de figures. On aperçoit des fontaines d'un très rare artifice, où les tritons et les néréides chantent des airs de musique, et de leur son mélodieux charment l'esprit et les oreilles de ceux qui les écoutent.

On prend plus de plaisir à contempler une riche tapisserie de haute lice, et à y voir plusieurs admirables personnages dans des attitudes si naturelles qu'on n'y demanderait plus que la parole, qu'en tous les discours que l'on en pourrait entendre. Le miel est toujours plus doux au goût qu'à l'oreille, et nulle expression des orateurs n'en fera si bien comprendre l'excellence que le bout de la langue.

La méditation tire l'or de la mine et le purifie; la contemplation le manie, l'examine et le jette dans la fournaise. La méditation pénètre les mystères et en tire les raretés ; la contemplation les voit, les admire, et les met dans son cœur pour l'enflammer de l'amour de son Dieu.

3. La contemplation est plus honorable que la méditation. Elle entre dans le cabinet du Roi, elle le voit et lui parle à face découverte, et en reçoit des faveurs et des honneurs inexplicables. La méditation demeure dans l'antichambre, reçoit les commandements et les dons de son Prince, sans avoir le bonheur de l'envisager, ni de jouir parfaitement de sa présence.

4. Enfin, la contemplation est plus utile que la méditation. Elle donne dans un moment ce que la méditation acquiert dans un long temps. La reine de Saba avait plusieurs fois entendu discourir des richesses, de la puissance, de la majesté et de la sagesse de Salomon; mais à son arrivée dans le palais de ce prince, elle en apprit plus en un quart d'heure qu'elle n'en avait imaginé toute sa vie. Elle fut si transportée hors d'elle-même dans cette vue, qu'elle n'avait plus d'esprit : Noti habebat ultra spiritum. Son esprit était entré dans Salomon, qu'elle contemplait.

Le contemplatif n'a plus d'esprit, son esprit s'est envolé dans son Dieu, où est tout son amour. Il n'a plus d'esprit pour les honneurs, pour les richesses et pour les plaisirs du siècle. Il ne vit plus qu'en son Bien-Aimé. Il n'aime et n'admire plus que ses grandeurs.

Esther, au premier aspect du roi Assuérus assis sur son trône royal, tomba en pâmoison, et étant revenue à elle, lui dit qu'elle l'avait contemplé comme un ange du paradis, et que par conséquent son évanouissement ne le devait point tenir en étonnement. Que sera-ce donc de contempler le Roi des Anges?

Sainte Elisabeth, fille d'André, roi de Hongrie, et mariée au landgrave de Thuringe, entra un jour dans l'église dans une grande pompe. Elle était revêtue d'habits très beaux et très précieux, et portait une riche couronne sur sa tête. Plusieurs dames etprincesses l'environnaient, et tout le peuple prenait un singulier plaisir à la voir avec tout ce royal appareil. Dans cet éclat, elle jeta un coup d'oeil sur le crucifix, et ce seul regard la toucha d'une douleur si sensible, qu'elle

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