‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 99 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE VII I 3 I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE VII I 3 I

Jésus, et se leva sain et robuste, comme si rien ne lui fût arrivé, quoiqu'il n'eût pris aucune nourriture dans les huit jours de ce divin transport.

Dans le ravissement, l'âme est tellement transformée par les lumières admirables de son entendement, ou par l'amour extatique de sa volonté, qu'elle semble être déifiée. Son corps tombe quelquefois par terre, comme celui de saint Paul ; il s'élève quelquefois en l'air, comme celui de saint François de Paule ; et souvent il s'arrête dans le lieu et dans l'attitude où il était, comme saint Félix de Cantalice, frère laïque capucin.

Ces splendeurs du paradis vous emportent le cœur, et vous me demandez la voie pour y parvenir ! Mais je n'ai nulle réponse à vous donner, sinon que les routes en sont inconnues à tous les hommes, et que le seul Esprit de Dieu peut élèvera ces hauteurs séraphiques.

Bien plus, j'ajoute que souvent les désirs en seraient criminels, et que jamais ils ne sont sans danger. La tête tourne aisément au haut d'un clocher ou d'un précipice élevé. Il n'est rien de plus sur que de marcher sur la terre, dans le chemin royal et battu par tout, le peuple.

Si Dieu vous favorise de ces dons extraordinaires, rendez-en compte à votre Supérieur : le silence vous perdrait et donnerait occasion aux démons de se transformer en anges de lumière, et de vous perdre par leurs ténèbres. Témoin ce frère laïque observantin, qui fut misérablement trompé par un de ces malheureux esprits, lequel lui apparut sous la figure de Notre-Dame, comme je le dirai en traitant de l'obéissance.

L'apostasie d'un régent de notre Compagnie est plus étonnante. Il enseignait la seconde classe, et pour y satisfaire, il était obligé de lire Cicéron, Virgile et d'autres auteurs profanes. Le tentateur, dans la vue de la légèr-eté de cet esprit vain et volage, se déguisa sous la forme de saint Paul, lui tint d'excellents discours spirituels, lui mit en tète qu'il avait un rare talent pour la prédication ; que

la lecture des écrits de ces âmes damnées lui était un temps perdu; que ses épîtres, dictées par le Saint-Esprit, le rempliraient de Dieu, et le rendraient capable de convertir en peu de temps les âmes qui se perdaient faute d'ouvriers évangéliques. Ce jeune religieux prit aussitôt feu, et se crut déjà un des saints du paradis, puisque les Apôtres en descendaient pour le visiter et pour l'instruire ; il ne dit rien à personne, et serra ses pensées dans son cœur. Les visites de ce faux saint Paul continuèrent, et le pauvre abusé se laissa tellement embrouiller qu'il s'enfuit secrètement de la Religion, et se précipita dans les embarras et les vices du siècle corrompu.

Qui ne se fût laissé séduire et emporter par une si spécieuse apparence? Saint Paul parle, il exhorte à la lecture des Ecritures saintes, il porte au zèle des âmes et à l'exercice de la plus élevée charité. Personne sans doute ne peut éviter de pareils pièges, sinon ceux qui s'approchent des anges de lumière, que Dieu leur a donnés sur la terre, qui sont les Supérieurs, les Confesseurs et les Directeurs.

V. En toutes les Religions, Dieu, par une singulière faveur, a élevé plusieurs frères convers à des extases et à des ravissements si admirables, qu'à peine en trouverezvous de pareils parmi les savants et parmi les prêtres. Et ce qui est plus à estimer, se tenant dans une profonde humilité et dans une parfaite soumission envers ceux qui avaient la conduite de leurs âmes, ils se sont faits saints. Rapportons-en quelques-uns maintenant, nous verrons les autres en divers endroits de ce Traité, et à la fin dans l'abrégé de la vie des plus signalés.

Nous avons déjà parlé amplement de saint Gilles, compagnon de saint François; j'ajoute seulement ici que les Religieux en lui parlant prenaient soigneusement garde de ne point laisser échapper ce mot de Paradis, dans la crainte d'être privés de sa sainte conversation, dont ils tiraient beaucoup de profit. Si ce mot céleste leur échappait par mégarde, il était ravi à l'instant hors de lui, et demeu-

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