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IV. Dieu a relevé l'office de cordonnier par des grâces

Il8 LE SAINT TRAVAIL DES MAINS

très admirables. Simon Gomez, cordonnier en Portugal, fut si dévot et si éclairé de Dieu, qu'il eut connaissance des choses à venir et les prédit certainement. Les effets montraient qu'il ne se trompait point dans ses vues et dans les assurances qu'il donnait des événements futurs. Saint Bertold, cordonnier en Italie, s'étant percé le doigt avec son alêne, reconnut la misère de cette vie et les divers accidents qui nous la peuvent ôter ou rendre très ennuyeuse. Dans cette méditation, il se consacra à son Créateur, entra dans un monastère et y vécut avec tant de sainteté que Dieu l'honora de plusieurs'miracles. Une fois un pauvre aveugle lui demandant l'aumône, il lui donna du pain et lui dit : Regarde, il est blanc. A ce mot l'aveugle recouvra la vue, loua Dieu et remercia son bienfaiteur. A la mort du Saint, les cloches du couvent sonnèrent d'elles-mêmes et ne cessèrent point qu'il ne fût enterré.

Nous lisons une chose bien plus admirable, qui arriva en Tartarie. Le roi avait résolu d'extirper entièrement la Religion catholique de ses terres. Un de ses conseillers lui en donna un moyen fort plausible: Sire, dit-il, leur Christ a prêché, comme leur Evangile l'assure, que si quelqu'un ayant la foi disait à une montagne : Change de place, elle le ferait. Commandes-leur d'en transporter une. Il est bien évident qu'ils ne le feront pas. Ainsi Votre Majesté les pourra chasser sans contredit. Ce conseil plut au roi. Il convoque tous les chrétiens et leur demande si les paroles de Jésus-Christ dans l'Evangile étaient véritables. Très véritables, Sire, dit toute l'assemblée. A la bonne heure, réplique le roi. Faites donc que cette montagfie change de situation, puisque, selon votre Evangile, ceux qui ont la foi le peuvent faire. Si dans dix jours cela n'est pas exécuté à la lettre, vous périrez tous, sans en excepter un seul.

Ce commandement jeta une grande frayeur dans le cœur de l'Évêque et de tous les fidèles ; chacun se mit en prières et, baigné dans ses larmes, demanda l'aide du Ciel

dans une si extrême nécessité. L'Évêque connut par révélation que Dieu réservait l'honneur de ce miracle à un pauvre cordonnier qui avait perdu un œil. Il sut aussi qu'au premier commandement la montagne changerait de place.

Cette nouvelle étant portée à cet humble serviteur de Dieu, il se jeta par terre et protesta que ses péchés le rendaient le moindre de tous. Hélas! dit-il, ce serait bien exposer la foi et la vie de tant de Saints, si l'on me faisait parler dans une si importante occasion. Il obéit néanmoins, y ayant été contraint par l'Évêque.

Les chrétiens se mirent d'un côté de la montagne, avec la croix de Notre-Seigneur, pour augmenter leur confiance, et le roi se mit de l'autre côté avec ses princes, ses capitaines, ses soldats et un nombre infini de peuple. Tous étaient bien armés pour mettre en pièces tous les chrétiens, si le miracle ne se faisait pas.

Le cordonnier se met à genoux en présence des uns et des autres, et prie notre Sauveur de ne point permettre que tant de ses bons serviteurs soient égorgés. Sa prière achevée, il se lève, rempli d'une ferme espérance en Dieu. 11 commande d'une voix ferme à la montagne de changer de lieu. Elle obéit au même moment. Ce prodigieux miracle toucha si fortement le cœur du roi, qu'il se fit instruire, reçut le Baptême et fut suivi de la plus grande partie de son royaume. Ainsi la foi fut conservée, confirmée et augmentée par un pauvre homme, qui était du même métier que vous.

De tout ce que nous avons rapporté, vous voyez que votre office n'est pas méprisable, puisqu'il fait des Saints et que Dieu l'honore par de si prodigieuses merveilles.

Ajoutez à cela que Soliman, empereur des Turcs, des plus renommés et des plus victorieux, se plaisait à faire des souliers.

Pesez encore qu'Urbain IV était fils d'un savetier de Troyes, en Champagne. Ses vertus relevèrent h la pre-

mière dignité du monde, et sa piété institua la fête du Saint-Sacrement, qui se célèbre avec tant de dévotion par toute l'Église.

Tous les moindres services que vous rendez aux serviteurs de Dieu sont excellents, et les Saints en ont fait grand état. Sainte Hedburge, fille d'Edouard, roi d'Angleterre, et sainte Radegonde, reine de France, se plaisaient à nettoyer et à laver les souliers de leurs Sœurs religieuses. Les ayant graissés, elles les remettaient en cachette dans leurs chambres, de crainte de trouver l'honneur et l'applaudissement dans l'humilité même. Les Saints n'ont jamais estimé rien de bas et de ravalé, lorsque cela a pu élever leur esprit en Dieu et les faire rentrer dans la connaissance d'eux-mêmes.

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