‹ Le saint travail des mainsChapitre 24 sur 86 · Lorsque vous portez le vin sur la table, pensez à la · texte numérisé non relu

Lorsque vous portez le vin sur la table, pensez à la

bonté du Créateur, qui n'a pas voulu donner précisément à ses créatures ce qui est de la pure nécessité, mais qui a voulu y ajouter ce qui est de surérogation et ce qui sert à la joie et à la récréation. Concluez, à la vue de cette bonté, que vous devez faire non seulement ce qui est d'obligation, mais aussi ce qui est de pure dévotion pour son amour et son service.

6. Quand on vous ordonne de mettre de l'eau dans le vin, ou que vous portez sur la table les aiguières pleines d'eau, considérez que l'eau est très nécessaire pour rafraîchir le sang et pour empêcher que les corps ne brûlent par des feux dangereux.

Souvenez-vous que saint Gildas, saint Fursy, saint Albert, ermite, et d'autres, ont changé l'eau en vin ; que Notre- Seigneur a fait ce miracle, non seulement pour ceux qui étaient aux noces de Cana, en Galilée, mais aussi une fois pour la vierge sainte Aldegonde, deux fois pour saint Odilon, trois fois pour saint Gerlaque, ermite aux Pays- Bas, et plusieurs fois pour plusieurs autres de ses serviteurs.

7. Quand vous servez le fruit, pensez qu'avant le déluge les hommes ne mangeaient que des herbes de la terre et des fruits des arbres, ainsi que le disent quelques-uns; et qu'ils ne laissaient pas de vivre huit et neuf cents ans, pour nous montrer que la sobriété sert même à la vie corporelle.

Les Saints se sont souvent abstenus de fruits pour une victoire plus parfaite. Le bienheureux Henri Suso aimait fort les pommes ; pour se mortifier, il fut deux ans qu'il n'en voulut point manger du tout. Après ce temps-là, Dieu l'en pourvut par un moyen extraordinaire, et en donna beaucoup à son Couvent par ses prières.

8. Lorsque vous voyez la modestie angélique de tant de serviteurs et amis de Dieu, estimez-vous heureux d'être employé à les servir et à les nourrir. Vous voyez les prédicateurs, les professeurs de théologie, les recteurs et les provinciaux qui les servent avec ferveur et allégresse.

Elevez votre cœur au Ciel, et souvenez-vous de ce que Notre-Seigneur promit à ses Apôtres, qu'il donnerait un festin à ses amis dans le Paradis et qu'il les y servirait.

Toutes ces considérations et d'autres semblables vous seront utiles pour vous entretenir l'esprit dans une continuelle dévotion, et pour faire que votre office, vous étant profitable, vous soit aussi agréable. Mais prenez garde à ne pas tellement occuper votre esprit à ces pensées spirituelles, que vous manquiez à faire en perfection ce qui est de l'extérieur, ou que vous rompiez et cassiez ce qui est mis entre vos mains. Dieu demande de nous un service raisonnable, il veut notre cœur, mais il désire aussi que notre office se fasse excellemment.

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