La seconde vertu du bon pasteur, c'est la charité
dans l'acceptation de tous les travaux pour la conservation de ses brebis.
Le patriarche Jacob, qui garda 'les troupeaux de son beau-père Laban, l'espace de vingt ans, s'exposait aux ardeurs du soleil pendant le jour, et au froid pendant la nuit, dans la perte d'une bonne partie de son repos et de son sommeil. Pour la conservation de ses agneaux, David s'exposait aux ours et aux lions, et leur sautait au collet sans appréhension d'y laisser la vie. Oppien rapporte que de son temps les pasteurs d'Afrique s'habillaient de peaux de brebis, et qu'en cet équipage ils marchaient à quatre pieds parmi leurs troupeaux. A la vue d'un lion qui venait à la proie, l'un d'entre eux se levait, embrassait ce furieux animal et le serrait fortement contre son estomac, où il tenait une grande pointe de fer, qui transperçait ce voleur. Les autres pasteurs couraient au secours, de peur que leur compagnon ne fût endommagé par les griffes et par les dents du lion.
L'amour n'a point de crainte, il est plein d'inventions. Aimez le profit de votre Monastère et votre propre perfection, et vous aimerez vos troupeaux d'un amour plus efficace que tous mes discours ne vous peuvent persuader.
3. La troisième vertu du bon pasteur, c'est une grande confiance en Dieu, dans les maladies et la garde de ses troupeaux.
Vous devez avoir et rechercher avec diligence une très parfaite connaissance des maladies de vos bêtes, et prendre surtout garde d'y mettre remède dès le commencement ; mais votre principale espérance doit être en Dieu. C'est lui qui vous a donné cette bergerie ; c'est lui qui la conservera, si vous l'invoquez comme il faut.
Saint Gerlach, ayant été porcher pendant sept ans, comme je l'ai dit, a une grande puissance pour guérir les animaux de toutes leurs maladies, et principalement si elles sont contagieuses. Il est utile de jeter de l'eau bénite dans les étables et sur les animaux. Elle chasse les malé-
fices des démons et des sorciers ; elle empêche que les maladies ne viennent, et les chasse, lorsqu'elles sont venues. Saint Théodore, abbé, le montra par expérience aux habitants de la ville d'Ancyre. Ils l'avaient appelé pour les secourir par ses prières, -dans une peste qui dépeuplait leur ville d'hommes et de bétail ; il se logea dans un monastère de Religieuses, délivra les hommes par ses oraisons, et bénit de l'eau qui guérissait les animaux aussitôt qu'on la jetait sur eux. Vous devez espérer que Dieu, ayant donné vos brebis pour la nourriture et pour l'entretien de votre Maison, il les conservera contre les voleurs. Les voleurs se jetèrent dans la bergerie de saint Spiridion, et y prenaient déjà des moutons ; mais les Anges leur lièrent les mains derrière le dos, et leur en empêchèrent la sortie. Spiridion y fut dès l'aube du jour, et les fit délier ; et au lieu du châtiment qu'ils attendaient, il leur fit présent d'un mouton.
Les prières vous aideront beaucoup contre les loups et contre les autres bêtes carnassières ; l'on en a des preuves très signalées.
Un marchand, ayant perdu une jument, invoqua saint Albert, ermite, et il la retrouva au milieu de deux loups, en assurance, comme le raconte Sylvain Razzi. Un loup garda les brebis, toute la journée, avec un frère convers de l'Ordre de Prémontré, et l'aida à les ramener au logis, selon le rapport de Hugues, en la Vie de saint Norbert. Nous lisons une plus grande merveille dans les Dialogues de saint Grégoire. Saint Eutychius, ayant été choisi abbé d'un grand monastère, laissa saint Florent en sa première demeure, sur la connaissance qu'il était homme d'oraison et de vertu. Ce Saint se trouvant seul avec quatre ou cinq brebis, pria Dieu de lui envoyer de l'aide pour les garder. Au sortir de sa cellule, il rencontra un ours, qui baissant la tête lui faisait assez entendre qu'il venait à son secours; il lui montra ses brebis et lui dit : Va-t'en, et conduis ces brebis au pâturage, et ramène-les avec fidélité au logis.
L'ours obéit incontinent ; et quand le Saint jeûnait, il ne les contraignait au retour qu'à trois heures après midi ; et lorsqu'il ne jeûnait pas, il les remettait dans l'étable précisément à midi.
Saint Gudwal avait un monastère dont les troupeaux étaient fort infestés des loups. On lui apporta un jour une brebis qu'ils avaient étranglée. Le Saint ayant fait une courte oraison, la toucha de son bâton pastoral et la ressuscita. Il pria Dieu qu'il fît venir le loup qui avait fait ce massacre ; il vint aussitôt tête baissée et tout confus. Saint Gudwal lui commanda de ne plus nuire aux troupeaux. Il se soumit à sa volonté avec une telle exactitude qu'il en fut le gardien contre toutes les autres bêtes féroces et carnassières.
Nos péchés et nos imperfections nuisent plus à nos Maisons que tous les loups des bois ; et si nous avions une vive foi et une ferme espérance en Dieu, nos brebis seraient au milieu des lions, et nous au milieu des tyrans et des diables, comme sainte Agnès, sainte Prisque, sainte Martine, sainte Archelaë, et les saints Zosime, Pontien,' Marnas et autres, qui non seulement n'étaient point endommagés par les lions, mais en recevaient honneur et assistance.
Saint Colomban demeura sans frayeur à la vue de douze loups qui i'environnaient de tous côtés, et qui semblaient le vouloir attaquer. Il leur opposa une courte oraison et la confiance en Dieu, et il fut délivré de ce danger. Deux loups montrèrent le chemin dans les bois à saint Trévère, et le conduisirent avec deux enfants captifs, dont il garda longtemps les brebis, étant religieux et vivant dans une petite cellule. Quiconque a Dieu dans son cœur comme ami, l'a aussi autour de soi comme protecteur.
Votre confiance en Dieu fera que les brebis et les autres animaux auront plus de lait. Dieu est appelé par les Hébreux Saddaï, c'est-à-dire plein de mamelles, et par conséquent plein de lait. Car les mamelles de ce Dieu infini- T. m. 22
ment bon et puissant ne sont pas vides ; il est fécond et veut nourrir tous ses enfants ; il a fait souvent des merveilles à ce dessein.
Les bêtes farouches venaient de leur plein gré à saint Marnas, et se laissaient traire leur lait, afin qu'il en fît des fromages. Saint Gilles, grec de nation et du sang royal, vivait en France dans une caverne, se nourrissait du lait d'une biche que Dieu lui avait envoyée. Saint Goar, prêtre, d'une vie très innocente, fit arrêter en chemin des biches pour rafraîchir et rassasier de leur lait ceux qui le conduisaient à l'archevêque de Trêves, lequel le voulait charger d'un crime honteux ; mais Dieu l'en délivra, ayant fait parler l'enfant nouvellement né, à sa décharge et à la confusion de ceux qui étaient auteurs d'une si noire calomnie.
Sainte Tarsicie, vierge, du sang royal de Pépin, se retira dans la caverne d'une montagne en Guyenne pour la conservation de sa virginité. Dieu la nourrit par miracle, lui envoyant tous les jours une chèvre qui l'entretenait de son lait. Saint Féchin obtint de Dieu du blé, du lait et du beurre en abondance pour des hôtes qui lui étaient survenus à l'improviste.
La bienheureuse Haseka, recluse en Westphalie, ayant reçu par aumône du beurre corrompu, en corrigea la corruption et le rendit excellent par une courte prière.
Dieu ne manquera jamais à ses serviteurs ; sa toutepuissance n'éprouve point de peine en ses actions et ses libéralités ; elle peut, selon sa volonté, renverser l'ordre de la nature ; à plus forte raison elle conservera le train commun, et bénira les travaux de ses amis. Afin de nous en ôter le doute, elle les a pourvus par ses miracles qui nous surprennent l'esprit, et a donné des sources de lait, au-dessus des forces de la nature. Une bonne vieille, ayant pris saint Guillaume, encore enfant, entre ses bras, fut tout étonnée que ses propres mamelles jetassent quantité de lait, d'où elle conjectura sagement la sainteté future de l'en-
fant, lequel fut abbé de Dijon, illustre en sainteté et en miracles. Dieu fit tomber une pluie de lait pour nourrir et récréer saint Mochua,et il lui en remplit une fosse dans la terre. Il fit sortir encore du lait au lieu de sang des plaies de sainte Martine, de sainte Secondine et de quelques autres martyrs.
Ne craignez pas que Dieu vous manque; mais ne lui manquez pas aussi, retirant à ses pauvres l'aumône qui est ordonnée. Soyez libéral, si vous désirez que la libéralité divine ouvre son sein pour vous nourrir et sa main pour bénir vos travaux. Saint Uguzzon, faisant des fromages, donnait libéralement aux pauvres et aux églises ce qu'il pouvait, et tout abondait dans la maison où il faisait sa demeure. A son départ, l'avarice en chassa la bénédiction de Dieu, et tout y alla en décadence.
4. La quatrième vertu, très nécessaire au bon pasteur religieux, c'est la dévotion. Il la peut acquérir, conserver et augmenter dans la contemplation du Ciel et de la terre, qui montre la grandeur, la bonté, la sagesse et la puissance du Créateur.
IV. L'office de pasteur n'occupe pas tellement l'esprit et ne travaille pas de telle sorte le corps, qu'il ne puisse vaquer à plusieurs bonnes pensées et faire diverses prières. Vous pouvez, avec des efforts raisonnables, vous rendre un grand saint et vous unir très intimement à Dieu, si vous faites de sérieuses réflexions sur sa conduite et sur ses œuvres.
1. Donc lorsque vous êtes seul au milieu d'une campagne ou au haut d'une colline, levez les yeux vers le Paradis, et dites avec saint Ignace : Ah ! que la terre me déplaît, quand je regarde les deux! Considérez que c'est le lieu où nous devons nous élever, comme des oiseaux du Paradis, par l'abandon de la terre et par le désir d'une sainte union avec notre Père céleste.
L'âme de sainte Oringe, qui avait gardé les bœufs dans sa jeunesse, fut portée au Ciel par les Anges. Celles de
sainte Dévote et des saints martyrs Polycarpe, Potite, Bénin et autres, ont été aperçues y monter sous la figure de belles colombes blanches et lumineuses.
Espérez qu'un jour vous irez par cette voie de lumière à la suite de ces illustres 'Serviteurs et Servantes de Dieu. Imitez dans cette contemplation sainte Geneviève, bergère, qui fondait en larmes de joie à l'aspect de ces palais éternels.
2. Quand du haut d'une colline vous jetez les yeux en bas, et que vous y contemplez une belle vallée entrecoupée d'une rivière qui serpente dans une vaste prairie, faisant mille tours et retours en sa promenade; quand vous y voyez un monde de fleurs éparses çà et là, avec une variété et une beauté admirables, des moissons belles et verdoyantes, des vignes chargées de plusieurs raisins, des arbres couverts de feuilles, de fleurs et de fruits, admirez la sagesse et la bonté de l'Ouvrier qui a pu et voulu donner tant de biens à des hommes si ingrats. Saint Antoine se servait de ce monde visible dans toute son étendue, comme d'un beau et docte livre, peur y pénétrer et méditer les grandeurs du Créateur.
3. Quand vous contemplez vos agneaux et vos brebis, qui vont où vou# les conduisez, sans aucune résistance, considérez que, comme parle saint Augustin, nous sommes les brebis de Dieu, et qu'il est notre Pasteur. Nous sommes son peuple, disait le roi David, et les brebis auxquelles il donne la pâture, et par conséquent nous devons suivre sa conduite sans nul murmure.
L'office de pasteur est excellent, dit Philon, et il ne s'attribue pas seulement aux princes et aux rois, mais à Dieu même. La différence est que les pasteurs vivent du lait et de la chair de leurs agneaux, et que Dieu veut être luimême notre viande et le soutien de notre vie.
4. Quand vous avez de la peine à ramasser vos brebis et vos bœufs, ou à les défendre contre les bêtes farouches, au péril de votre vie, contemplez la charité inconcevable
de notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, qui est descendu du Ciel sur la terre pour vous chercher, comme une brebis errante et vagabonde, et pour vous retirer de la gueule des loups, qui vous tenaient déjà et vous déchiraient en mille pièces. Voulez-vous connaître notre Dieu, dit saint Basile, c'est assez de savoir que c'est un bon pasteur, qui a donné sa vie et son sang pour ses brebis.
Saint Jean Climaque, au traité qu'il a fait du bon pasteur, dit : « La charité montre le véritable pasteur : car le Pasteur universel a été crucifié par charité. » Saint Grégoire de Nazianze appelle cet aimable Sauveur le véritable et le premier Pasteur ; Clément Alexandrin, le Pasteur des agneaux du roi ; saint Paul, le grand Pasteur des brebis ; et saint Pierre, le Prince des pasteurs.
Réjouissez-vous donc d'avoir une garde si vigilante, si charitable et si assurée, et suivez-la de la même sorte que vous désirez être suivi et obéi de vos troupeaux. Si Dieu se sert quelquefois de la houlette pour vous frapper, recevez les coups avec humilité et action de grâces, dans la croyance certaine qu'ils procèdent d'un amour paternel et d'un sincère désir de votre conservation.
5. Si vous voyez votre bétail dans un pré manger les herbes et les fleurs ou les fouler aux pieds, méditez que la beauté des choses de ce monde et des plaisirs se passe bientôt. C'est une fleur de foin qui paraît le matin, qui sèche à midi, et qui est coupée le soir. Le soldat emporte les biens de fortune ; la maladie ôte les plaisirs du corps, et mille traverses nous privent de toutes nos vaines espérances.
Saint Charles, abbé de Vilars, en Brabant, étant encore capitaine des gardes de l'empereur Frédéric, et s'en allant à Mayence avec un autre gentilhomme pour assister à un célèbre tournoi, passa par un très beau pré couvert de quantité de fleurs et entrecoupé de fontaines et de ruisseaux. En ce passage, ils ne se dirent pas un mot l'un à
l'autre. A la sortie de ce lieu de délices, ils commencèrent à. raconter qu'ils avaient considéré cette beauté, et combien elle est passagère et de peu de durée. Cette méditation entra si avant dans l'esprit de Charles, qu'il tourna bride incontinent, n'assista point à ces jeux publics, se fît religieux, et devint un grand Saint.
6. Lorsque vous cherchez de l'eau pour vos troupeaux, souvenez-vous que Dieu est la source de toute bonté, qui* donne les fleuves et les ruisseaux matériels et visibles aux corps, et les eaux du baptême de la grâce et de la doctrine céleste pour la pureté des âmes. Louez-le de ce que dans le besoin il a fait jaillir des fontaines, à la consolation et au soulagement de ses serviteurs. Saint Irmond fut pasteur public du bétail de Monde, près de Juliers, dans un été si sec que l'on ne trouvait point d'eau aux champs ni pour les hommes, ni pour les bêtes, qui étaient dans un extrême danger de périr; il frappa la terre avec sa houlette et en. fit sortir une fontaine très abondante, qui s'appelle encore aujourd'hui le puits de Saint-Irmond ; et ceux qui y prennent de l'eau la trouvent très salutaire tant aux hommes qu'aux animaux malades. Saint Clément, pape, étant relégué au Pont, en Asie, pour y travailler aux carrières de marbre, y trouva plus de deux mille chrétiens dans d'extrêmes souffrances, et dans la nécessité d'aller chercher de l'eau à deux lieues de distance. Ce miséricordieux pasteur de l'Eglise universelle se mit en oraison ; il vit le Prince des pasteurs sous la figure d'un agneau qui, levant le pied droit, lui montrait le lieu où il voulait faire sortir de l'eau. Il prit un hoyau, et aussitôt qu'il eut donné un petit coup à cet endroit, il en coula une grosse fontaine qui fit un beau et grand fleuve. Ce miracle fut si célèbre dans toute la Province, que chacun courait à saint Clément pour se faire instruire. Et il se convertissait tant de païens, que chaque jour il en baptisait cinq cents et davantage. Dans une seule année les chrétiens bâtirent soixante et quinze églises, brisèrent toutes les idoles, renversèrent tous les.
temples, et rasèrent tous les bocages consacrés aux faux dieux, à cent lieues à la ronde.
7. Lorsque vous êtes à l'ombre 'de quelque arbre, au milieu de la chaleur du jour, considérez le besoin que vous avez de la protection et du rafraîchissement de Dieu dans l'ardeur de vos tentations. Pensez à sa bonté paternelle, qui envoya un Ange pour conduire jour et nuit une innombrable multitude d'Hébreux dans le désert d'Arabie, de crainte qu'ils ne fussent incommodés des rayons du soleil et de leur réflexion sur cette terre sèche et aride. De là vous verrez qu'il est bon de servir un si soigneux et si charitable Maître.
Soyez dévot à votre Ange gardien, et tenez-vous toujours en sa présence. Il ne vous quitte jamais; il va parmi les champs avec vous, par un très sincère désir de vous aider et de vous protéger. Ne pensez jamais que vous soyez seul, entretenez-vous toujours avec lui, et ne faites pas en sa présence ce que vous n'oseriez faire en la présence de votre Prieur ou de votre Abbé. L'Ange gardien d'Hermas, disciple de saint Paul, lui apparut en habit de pasteur, et lui donna de très excellents préceptes. Si vous l'aimez, l'honorez et le respectez, il vous aimera, vous aidera, vous illuminera et vous consolera en toutes les occasions où vous vous rencontrerez.
8. Quand vous voyez que vos troupeaux se multiplient,, se chargent de belle et de fine laine, se remplissent de lait et sont en bonne santé, offrez-les à Dieu, qui vous en a chargé, et qui les a donnés à ses serviteurs ; cette offrande lui sera très agréable.
Procecus, bourgeois de la ville de Lycandus, avait dix mille brebis de différentes couleurs : mille étaient noires, mille blanches, mille rousses, mille de couleur de cendre, autant de couleur de belettes, de couleur d'or, de couleurs entremêlées, et ainsi du reste. Au passage de l'empereur Constantin, il lui offrit ces dix mille brebis, ce qui ravit de telle sorte ce prince qu'il fit écrire autour de la ville, en
grosses lettres onciales : Qu'est-ce que Constantinople et Lycandus? Qu'est-ce que Proœcus et l'empereur? Comme s'il. eût dit que tout cela était d'une grandeur et d'une majesté égales. Dieu ne vous récompensera pas seulement en paroles et en riant, mais par de bons et de salutaires effets, pour le salut de votre âme et pour le profit de votre monastère.
9. Quand vous apercevez le loup qui veut enlever quelqu'une de vos brebis, apportez tout le soin et toute la peine possibles afin de le chasser, ou du moins de l'empêcher de nuire ; ajoutez-y les prières, et invoquez les Saints qui ont montré leur pouvoir en ce secours si nécessaire.
Invoquez saint Jules, prêtre, que l'on prie particulièrement pour cela au diocèse de Novare, en Italie. Priez saint Défendant, martyr de la légion de saint Maurice, que l'on supplie à cet effet dans le territoire de Marseille. Faites ou promettez quelque dévotion aux Saints que votre pays ou votre inclination vous mettront dans le cœur et dans la mémoire. Saint Launomare qui, en sa jeunesse, gardait les brebis de son père, vous aidera. Il fut si puissant que d'une seule parole il chassa les loups carnassiers qui poursuivaient une biche auprès de son monastère. De cette rencontre, il prit occasion d'instruire ses Religieux contre la malice du démon, qui ne fait autre chose que rôder afin de trouver quelque proie. Priez saint Théodore, qui vivait dans une cage de bois, une partie de l'année, et le reste dans une cage de fer, et demeurait exposé à toutes les injures de l'air. Il était de plus si austère qu'il ne mangeait point de pain, mais seulement des herbes et des fruits, et portait sur lui une cuirasse de fer. Les ours et les loups vivaient familièrement avec lui, sans endommager personne de ceux qui l'allaient visiter. Invoquez saint Caduque, fils de Gundlée, roi de Galles, en Angleterre, qui fut si favorisé de Dieu, que deux loups, ayant fait quelque dégât dans la bergerie, furent changés en des cailloux.
Adressez-vous à saint Poppon, abbé, qui conserva la vie à un pasteur qui avait été suffoqué par un loup.
Entre toutes vos dévotions, une des principales, et que vous devez avoir le plus à cœur, c'est le chapelet, que vous pouvez aisément dire plusieurs fois chaque jour à la suite de votre troupeau. Si vous avez en votre compagnie quelque serviteur, récitez-le une fois ou deux avec lui, afin de l'accoutumer à la prière et de vous faciliter des oraisons plus longues par cette variété.
Dieu vous élèvera à une grande perfection dans votre solitude, si vous êtes soigneux de le bien prier, et si vous marchez sans cesse en sa présence et en celle de votre bon Ange, en prenant occasion de ce que vous voyez et de ce que vous faites pour élever votre cœur au Ciel, comme je viens de vous le montrer.