LIVRE SEPTIEME. SECTION PREMIERE I I
frapper, pourquoi n'aurez-vous point une vive espérance que vous serez dans une entière sûreté au pied de l'autel, devant un Dieu tout bon, tout puissant et tout miséricordieux?
2. La seconde vertu principale d'un vertueux sacristain, c'est une très profonde et très cordiale humilité, dans l'estime qu'il est indigne des moindres exercices pour l'église, qui est la maison particulière de Dieu, pour les autels, qui en sont les trônes, pour les prêtres, qui en sont les sacrificateurs, pour le peuple, qui y fait tant d'actes de vertu.
Le frère sacristain doit trembler d'effroi lorsqu'il foule sans cesse aux pieds une terre si sacrée. Si l'Ange qui parut à Moïse dans un buisson du désert lui fit ôter ses souliers, parce que la terre où il marchait était sainte ; si l'archange saint Michel donna le même ordre dans la terre promise à Josué, prince du peuple de Dieu ; si les Turcs vont nu-pieds dans leurs mosquées, que doit faire celui qui converse dans l'église, consacrée par la présence du Corps de son Rédempteur?
Nous faisons grand état de ce que saint Pierre ait consacré dans Londres, en Angleterre, une église qui lui était dédiée, et de ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ ait consacré lui-même l'église de Saint-Denis-lès-Paris ; et pourquoi ne nous étonnerons-nous pas de ce que ce Dieu de grandeur sanctifie tous nos temples par sa demeure continuelle et par la présence de ses Anges qui l'environnent?
Cette considération doit faire que le Religieux sacristain, qui contemple cette auguste Majesté, ne rejette point sur des serviteurs, ou sur d'autres personnes, les occupations de son office. Il doit volontiers nettoyer les autels, ôter la poussière et les araignées des parois et des fenêtres, mettre de l'huile aux lampes, les accommoder, et balayer l'église.
Recherchez avec ambition tous ces exercices, si vous désirez que Dieu vous élève dans l'oraison et la contemplation, et vous prodigue des consolations dans les visites
de l'humble Jésus, qui considère de dessus l'autel tous les pas que vous faites, tous les coups de balai que vous donnez, et toutes les gouttes de sueur qui coulent de votre front.
Si vos forces ne suivent point à pas égal votre ferveur, prenez toujours ce qui est le plus humiliant, dans un véritable principe que vous êtes trop heureux d'avoir occasion de rendre quelque petit service à votre Prince, en ce qui le touche de plus près.
Les princes du sang se querellent pour présenter la serviette au roi lorsqu'il lave ses mains : ah ! qu'est-ce qu'un homme mortel au prix de Dieu ?
Pour cette cause les Saints les plus élevés et les princes eux-mêmes ont tenu à honneur les moindres services qu'ils pouvaient rendre à Notre-Seigneur dans les églises. J'en rapporterai ici seulement quatre, vous en trouverez plusieurs autres, si vous le voulez.
Saint François de Paule, alors qu'il était Général de son Ordre, balayait souvent l'église, nettoyait les autels et les ornements sacrés, allumait les lampes, et accommodait le reste des choses nécessaires au service de Dieu, dans une joie et une ferveur très sensibles.
L'empereur Constantin, qui tenait sous son sceptre l'Orient et l'Occident, déposa son diadème, et s'étant courbé adora le Créateur du Ciel et de la terre, prit un hoyau en main, bêcha la terre et en porta douze paniers, lorsqu'il fit creuser les fondements du temple qu'il fit bâtir à l'honneur de l'apôtre saint Pierre.
La reine du royaume de Sanguin, dans l'Inde, tint à grande faveur que les Pères de notre Compagnie lui permissent d'arracher les herbes et de nettoyer toutes choses au lieu où l'on voulait bâtir une église.
La piété de Cabaone, prince de Mauritanie, est très remarquable et très imitable. Sur l'avis que les Vandales allaient lui faire la guerre, et que, par une exécrable impiété, ils profanaient les églises qu'ils transformaient en