LIVRE SEPTIÈME. SECTION PREMIÈRE l
écuries, ce prince envoya des hommes pour nettoyer les maisons de Dieu des immondices laissées par les chevaux de ces misérables, pour remettre et rallumer les lampes, redresser les statues et les autels, et honorer les prêtres bafoués et maltraités par ces barbares. Cette piété est d'autant plus admirable que ce prince était encore païen. Aussi Dieu lui donna une glorieuse victoire sur ses ennemis, qu'il mit en déroute et qu'il contraignit à lui laisser la paix.
Plus vous vous humilierez, plus Dieu vous exaltera. Ne permettez pas que des valets vous ôtent le mérite et la couronne de dessus la tête. Si vous prenez bien votre temps, vous viendrez à bout de tout votre office, sans emprunter tant de bras inutiles. Votre Règle vous dit de tenir votre église bien nette ; faites-le pour l'amour et pour l'honneur de votre Dieu, pour la dévotion et l'édification du peuple, et pour avoir occasion de vous humilier en la balayant et la nettoyant, soit entièrement, si vous le pouvez, soit en partie, si vos forces et vos occupations ne vous permettent pas ce bonheur entier et parfait.
Surtout humiliez-vous devant les prêtres, premièrement, par une obéissance très exacte au préfet de l'église, selon la première règle de nos frères sacristains qui dit : Ils obéiront au préfet de l'église en tout ce qui appartient au service de l'église. Qui oblige à tout n'excepte rien. Et ne m'alléguez point votre âge, votre expérience et l'incapacité de celui qui vous doit commander ; car je vous dirai que nul n'est bon juge en sa propre cause, et que saint François, qui avait pour le moins autant de vertu et d'expérience que vous, disait qu'il obéirait aussi volontiers à un novice d'un jour qu'au plus ancien et au plus sage Supérieur de l'Ordre.
Secondement, humiliez-vous, mais très cordialement, devant tous les autres prêtres, dans l'estime de votre bonheur de leur pouvoir rendre service en des ministères si célestes et si divins. Allez les chercher en diligence pour les messes et pour les confessions. Habillez-les avec soin
et avec affection. Servez-les à l'autel avec piété et révérence. Parlez-leur à voix basse et avec des paroles respectueuses. S'ils manquent en quelque chose, ne leur dites mot ; mais donnez-en avis au Supérieur, ou plutôt au préfet de l'église, comme vous y êtes obligé. Ainsi l'on mettra remède aux manquements, vous demeurerez dans votre humilité et dans la tranquillité de votre esprit, et Dieu sera servi avec ponctualité et avec dévotion.
Ayant traité précédemment du respect qui est dû aux prêtres, je ne m'étendrai point ici sur ce sujet. Je vous conseille de lire et de méditer souvent et avec attention ce que j'en ai rapporté au livre III, chap. m. Cette lecture, avec le secours de la grâce, vous sera d'un grand profit.
3. La troisième vertu principale d'un sacristain, c'est la modestie. Elle est commandée à nos frères sacristains dans leur Règle en ces mots : Qu'ils gardent la modestie en leur marche, en leur maintien, en leurs paroles, tant dans l'église que datis la sacristie ; qu'ils tâchent de contenter ceux qui leur demanderont quelque chose, soit par euxmêmes, soit en recourant au préfet ou en les lui renvoyant.
Ce serait un dérèglement bien hors de raison que d'orner avec soin les autels et les images pour exciter la dévotion du peuple qui fréquente votre église, et d'avoir cependant une démarche, une parole et des actions si mal modérées qu'elles servissent de scandale et ôtassent la dévotion à ceux qui vous abordent. Je traiterai plus amplement de cette vertu en instruisant l'acheteur.
4. Enfin, la quatrième vertu principale du sacristain, c'est la dévotion ; il en faut discourir un peu plus en particulier, tant à raison de son importance que des grands avantages qu'il a pour l'exercer.