LIVRE HUITIÈME. SECTION PREMIÈRE 3f
démons qui ne se plaisent qu'aux querelles et à la guerre, s'en retireront et n'y pourront causer nul dommage.
3. En troisième lieu, la charité dés serviteurs entre eux doit être très patiente en diverses rencontres ; ils se trouvent ensemble dans les fatigues des travaux, dans l'embarras des affaires, dans divers intérêts et prétentions, et dans une continuelle conversation, jour et nuit : il est bien difficile et presque impossible que par inadvertance il n'échappe quelque parole qui offense, ou que l'on ne fasse quelque action qui déplaise.
A toutes ces occurrences qui choquent l'esprit, il faut s'armer de patience, si on veut vivre en paix et en repos. Mettez dans votre esprit cette belle sentence de saint Grégoire: Jamais vous n'aurez la vertu ni le mérite d'Abel, si la malice de quelque Caïn ne vous exerce.
SECTION II
Comment le religieux àonvers doit converser avec les laboureurs, les lignerons et les artisans
Après la conversation avec vos serviteurs qui demeurent dans le logis, votre entretien plus fréquent est avec les officiers de votre Couvent, qui viennent de la ville pour y travailler, ou qui, labourant vos terres en la campagne et y travaillant vos vignes, viennent amener du grain et demander leur salaire. Vous avez charge de les recevoir, de les payer , de les faire boire et manger, et d'exercer de pareils offices : prenez garde qu'ils ne retournent jamais du logis, qu'ils ne sentent que la maison où ils servent est consacrée à Dieu, et qu'elle ne respire que sa gloire et le salut des âmes : vous leur pourrez dire de temps en temps une partie de ce qui suit.