LA CHARITE DANS LA FAMILLE
I. On peut être parfait dans le monde en s'acquittant des devoirs de son état. — II. Devoirs des époux, affection réciproque, tout leur en fait une obligation. — III. Devoirs des parents envers leurs enfants : r Importance de ces devoirs; 2° ils consistent à donner aux enfants des aliments, l'instruction, l'exemple. — IV. Devoirs des maîtres envers leurs serviteurs : r Avant de les choisir; 2° pendant qu'on en a la charge ; 3° quand ils quittent leur maître. —
V. Devoirs à l'égard des ennemis : 1° Tâcher de ne point avoir d'ennemis ; 2° Si on a des ennemis se réconcilier avec eux. —
VI. Devoirs à l'égard des pauvres : r L'aumône des pauvres autant ou plus agréable à Dieu que celle des riches ; 2° Motifs aux pauvres de faire l'aumône. — VII. Devoirs envers les malades : 1" Résignation à la volonté de Dieu; 2" Consoler les malades ; 3° Les assister. — VIII. Devoirs envers les mourants : 1° Importance du moment de la mort ; 2° Ce qu'il y a à faire auprès d'un moribond.
I. pfll/lff a charité n'est point tellement resserrée dans Wi iwf» les cloîtres des Religieux, qu'elle ne se trouve \&ujL^ùi. aussi avec admiration dans les maisons du siècle; les Religieux et les séculiers sont les enfants d'un même père, ils sont rachetés du même sang et sont destinés à la même gloire.
Nous lisons, en la vie des Pères, que saint Paphnuce, abbé d'une haute vertu et révéré de tous les moines comme un Ange, pria Dieu de lui montrer à qui il était semblable en vertu, afin de voir dans une plus claire lumière ce qui lui manquait. Un Ange lui apparut et l'assura qu'il était semblable en perfection au juge de sa bourgade. Le Saint, étonné de cette réponse, se transporte près de cet homme et reconnaît des vertus qui valaient bien celles du désert. Les grâces de Dieu ne sont attachées nia l'habit ni à la couleur; elles se versent sur les cœurs qui s'ouvrent affectueusement au Ciel pour en recevoir cette sainte rosée. Chacun sait que les familles des parents de saint
Basile, de saint Bernard et de plusieurs autres étaient toutes saintes.
Efforcez-vous donc de montrer aux personnes engagées dans le mariage le moyen d'arriver à une haute perfection, en s'acquittant parfaitement des devoirs attachés à leur état.
II. Je ne vous chargerai pas beaucoup la mémoire, afin de vous donner des préceptes nécessaires au bonheur de votre ménage; ayez un parfait amour conjugal, et puis faites ce qu'il vous plaira. L'amour est la racine de l'arbre, d'où toutes les fleurs et tous les fruits procèdent ; les motifs qui vous portent à cette sainte affection sont très puissants, soit que vous arrêtiez les yeux sur la nature ou que vous considériez la grâce.
i. La nature enseigne au mari et à la femme de s'entr'aimer l'un l'autre, puisqu'ils ne sont qu'une même chose. La femme fut formée de la côte et de la chair d'Adam, d'où, épris de joie d'une si sage et si admirable production, celui-ci s'écria : Voici l'os de mes os et la chair de ma chair. Où vous remarquerez, s'il vous plaît, qu'Eve ne fut point tirée de la tête d'Adam, de crainte qu'elle ne voulût être la maîtresse ; elle ne fut non point tirée du pied, de peur que l'homme n'eût la pensée qu'il la pouvait tenir et gouverner d'une manière servile ; mais elle fut tirée d'une côte près du cœur, pour faire toucher au doigt que l'amour la devait gouverner, et que mutuellement elle doit se loger dans le cœur de son mari par un chaste et ardent amour.
2. La grâce ordonne aux mariés un amour réciproque, à raison que le mariage est un sacrement qui représente l'union de Jésus-Christ avec son Église, et qui donne un droit à plusieurs secours du Ciel.
3. Les mariages ne se font jamais que sous une mutuelle promesse d'amitié ; autrement, qui se voudrait astreindre par un contrat indissoluble avec un autre, pour vivre comme une victime, et pour mourir chaque jour d'effroi
et de misères, entre les griffes d'un lion ou d'un tigre ? C'est pourquoi, au jour des noces, le prêtre bénit un anneau et le met, à la vue des autels, des parents et des amis, en la main du mari, et puis en la main de la femme, pour le signe d'un amour qui n'aura point de fin. Comme cet anneau marqué des noms de l'époux et de l'épouse est rond, il n'est nullement terminé, en quoi il est un symbole de l'éternité.
.4. L'obligation qui résulte des lois civiles, impose aux mariés une grande nécessité de s'entr'aimer cordialement; car, outre le devoir de conscience, elles obligent de demeurer en la même ville et en la même maison, si l'un ou l'autre le veut, et que les affaires n'exigent point le contraire ; elles leur ordonnent aussi la communication des biens et du corps.
5. Enfin, le dessein de faire son salut, d'élever ses enfants en la crainte de Dieu, de maintenir et d'avancer ses serviteurs en la vertu, de faire prospérer ses entreprises, doit persuader l'amour entre les personnes mariées ; car, comme écrit saint Ambroise, l'harmonie se doit trouver où sont les noces; où l'harmonie se trouve, Dieu se trouve aussi et bénit l'alliance ; où l'harmonie ne se rencontre point, les débats et les discordes se rencontrent et chassent Dieu de la maison, parce que Dieu est l'amour même.