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CHAPITRE II

LE BON ET FERVENT SACRISTAIN PEUT ET DOIT FAIRE PLUSIEURS ACTES DE DEVOTION.

Qu'est-ce que la Dévotion? — II. Motifs qui excitent à la Dévotion. — III. Considérations qui facilitent la dévotion au convers sacristain : i° La piété des fidèles; 2° Le pavé de l'église; 3° L'eau bénite ; 4' L'ornement des autels ; 5° Les cierges et les lampes ; 6" Les reliques ; 7° Les images ; 8° Le crucifix; 9° Le Saint Sacrement. — IV. Quelques détails pratiques.

I. '(j^TÊ/Ê^ a dévotion substantielle, comme la définit saint jpj) Thomas, est une volonté déterminée à se donner entièrement et parfaitement à l'exercice de tout ce qui touche le service de Dieu. Elle est un acte de religion, si elle vise à honorer Dieu comme son Créateur et son premier principe, ou de charité, si elle désire seulement lui plaire comme à son Bien-Aimé. Saint François de Sales, évêque de Genève et grand serviteur de Dieu, dit que la dévotion n'est autre chose qu'une agilité et une vivacité spirituelles, par le moyen de laquelle la charité fait ses actions en nous, ou nous par elle, promptement et affectionnément ; et que, comme il appartient à la charité de nous faire accomplir généralement et universellement tous les commandements de Dieu, il appartient aussi à la dévotion de nous les faire accomplir promptement et diligemment.

Je n'entends point parler si précisément, et selon la rigueur des écoles, de la vertu de dévotion, que j'en exclue le don de piété, qui pousse l'homme à rendre le culte qu'il doit à Dieu, comme à son père.

Les théologiens enseignent que les actes de la vertu de religion, qui honore Dieu comme Créateur, sont plus excellents que les actes de la vertu de piété, qui honore et

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sert les parents charnels. Mais aussi ils démontrent que les actes du don de piété, qui par un particulier instinct du Saint-Esprit porte le chrétien ou le Religieux à rendre le culte qui est dû à Dieu, comme à son père, sont de plus grand mérite et d'une excellence plus élevée que les actes de la vertu de religion, qui le considère en qualité de Créateur.

Tacite disait que la piété fait les princes semblables aux dieux. Saint Athanase certifie qu'elle est un trésor de tous les biens. Clément Alexandrin l'appelle un viatique suffisant 'pour tous les siècles et pour tous les hommes. Hieroclès, pythagoricien, enseignait que la piété est le suide et la maîtresse de toutes les vertus.

Saint Paul excite son disciple saint Timothée à s'exercer à la piété, et nous devons tous entrer dans le même dessein, ayant reçu, comme l'écrit le même Apôtre aux Romains, l'esprit d'adoption des enfants de Dieu, qui nous donne la liberté et la confiance de lui dire à haute voix dans nos nécessités : Père, Père; et Notre-Seigneur a voulu que ce fût la première vue que nous eussions dans nos oraisons. Vous le jugez assez dans le commandement qu'il fait de commencer nos prières par ces douces paroles : Notre Père, qui êtes aux deux.

II. Les motifs qui poussent aux actions de dévotion et de piété, sont les bienfaits de Dieu, ses grandeurs et les obligations infinies que nous avons de le servir.

Il n'est presque personne dans l'univers qui ait plus d'occasions de s'en souvenir qu'un sacristain, lequel est comme abîmé dans la piété et la dévotion, et dans tout ce qui les concerne, ainsi qu'un poisson dans les eaux de la mer où il est plongé.

De toutes parts il ne voit que de saints objets qui lui peuvent toucher le cœur. S'il jette les yeux en bas, il y voit un peuple prosterné, qui fond en larmes et fait de ferventes prières. S'il descend sous terre, il y rencontre les os de plusieurs saints Religieux, qui, après de longs

travaux et des actions héroïques, jouissent des éternelles récompenses. S'il regarde devant lui, il est touché de l'aspect de son Sauveur dans le Saint Sacrement, qui est sur un autel chargé de reliques des Saints. S'il jette les yeux à droite ou à gauche, il n'y découvre sur les parois et sur les vitres que des images et des statues des Confesseurs et des Martyrs. S'il lève la tête en haut, il contemple un dévot crucifix qui lui tend les bras, et qui baisse la tête pour le baiser et pour le caresser.

Comment est-il possible que tous ces objets sacrés et tous les autres ne lui attendrissent et ne lui percent le cœur? Il doit néanmoins prendre garde très soigneusement qu'il ne soit pas semblable aux poissons de la mer, qui ont de l'eau salée de toutes parts et n'en prennent aucune salure.

Si vous ne faites une sérieuse réflexion sur les occasions que vous avez de devenir un Saint, il y a danger que vous ne soyez pas même un médiocre Religieux, et que vous ne ressembliez à vos cloches, qui appellent une ville entière à la Messe, à Vêpres, au sermon, à la procession, et sans y aller jamais elles-mêmes.

Vous porterez de l'eau bénite, et les autres en prendront à la bénédiction. Vous allumerez vos lampes et vos cierges, et les autres jouiront de la lumière. Vous ornerez vos autels d'images et de reliques des Saints, et de pauvres séculiers en recevront les faveurs et les grâces.

III. Pour vous faciliter les actes de dévotion et de plusieurs autres vertus dans les fonctions de votre charge, je vous marquerai ici diverses considérations qui vous seront très utiles.

1. Lorsque vous voyez, même les jours ouvriers, un grand nombre d'artisans, de marchands, de procureurs, d'avocats et d'autres personnes, qui viennent de loin à la Messe par un temps froid, pluvieux et incommode, ils vous doivent servir d'un puissant aiguillon de piété. Vous devez dire alors : Hélas! je suis seul lâche au service de

mon Dieu. Quels reproches me fera au jour du jugement tout ce bon peuple, qui laisse sa besogne, son gain, sa maison, ses enfants, dans le désir d'adorer son Roi et son Dieu ? Oh ! qu'il y en a "plusieurs dans cette assemblée qui sont de très grands Saints dans la souffrance de leur pauvreté, de leurs maladies et de toutes leurs afflictions! El moi misérable, qui suis dans le trésor des choses célestes et divines, je ne voudrais point faire un pas pour mon Seigneur, et je me laisse emporter à des plaintes ridicules à l'abord de la moindre difficulté !

Offrez à Dieu toutes les prières de cette multitude, en disant : Seigneur, vous voye^ que je suis distrait par diverses courses d'obligation, pour appeler des confesseurs, habiller des prêtres, chercher des enfants qui servent les Messes, et accomplir mon office en perfection. Je vous offre toutes les Messes qui se disent en cette église, et toutes les oraisons qui s'y font. Seigneur, dans cette vue aye\ pitié de votre chétif serviteur, qui a un désir très sincère de vous aimer et de vous servir.

Ces considérations et ces élans vous donneront d'ordinaire de la dévotion, même sensible, et qui consolera et fortifiera votre âme dans son travail le plus pressant.

2. Le seul pavé de l'église, où vous contemplez tant de tombes, et sous lequel sont enterrés tant de saints Religieux, vous peut faire rentrer en vous-même et vous faire doubler le pas en vos dévotions. Ecoutez leurs voix, puisqu'ils vous ont précédé et que vous les devez suivre.

Ne seriez-vous pas touché si vous voyiez les corps entiers de saint Sigebert, roi de France, de saint Ferréol, martyr, de saint Hubert, évêque, de saint Claude, archevêque, et de saint Xavier, légat du Saint-Siège et apôtre des Indes ? Ne seriez-vous pas ému si vous contempliez l'huile sacrée qui coule des sépulcres de saint André et de saint Samson, du corps de saint Nicolas et de ceux des saintes Euphémies et Glycéries, martyres? L'odeur céleste qui sortit des corps de saint Séverin, apôtre d'Allemagne, de

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