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LES JEUNES ENFANTS DOIVENT LIRE DE BONS LIVRES ET REJETER LES MAUVAIS

I. Utilité de la lecture des bons livres. — II. Que faut-il chercher dans la lecture? — III. On doit éviter la lecture des mauvais livres.

I-^gfflO^1 l'on veut que la terre produise une bonne [)igsYv\ moisson, il faut jeter une bonne semence ; si 1^^S> l'on veut qu'un jeune homme produise un jour d'excellentes œuvres, il faut l'appliquer à la lecture des auteurs les plus habiles et les plus renommés en la faculté où il étudie.

Zenon consulta l'oracle pour apprendre comment il pourrait mener une louable et vertueuse vie ; l'oracle repartit : Si vous fréquentez les morts. Zenon reconnut incontinent qu'on lui ordonnait la lecture des anciens philosophes : il pratiqua ce conseil et devint un homme très habile et très estimé.

II. Ne vous amusez pas si fort aux paroles, que vous ne soyez encore plus soigneux de retenir quelque bonne sentence qui vous soit utile à réformer vos mœurs et celles des autres ; le fruit est toujours meilleur que les feuilles. Nous estimons précieuses les fleurs qui ont non seulement la variété des couleurs et la bonté de l'odeur, mais qui joignent à ces perfections une force extraordinaire pour guérir les maladies du corps. Les paroles sans un bon sens ne sont qu'un vent et un son inutiles ; elles passent et ne profitent de rien ; elles ne font que chatouiller l'oreille et enfler le cœur par une vanité puérile.

III. Il faut éviter encore avec plus de soin la lecture des livres pernicieux, qu'il ne faut avoir d'ardeur pour lire

les bons et profitables, d'autant que la peste se communique plus facilement et fait plutôt une mortelle impression sur les esprits de la jeunesse, qu'un bon livre n'en vivifie et sanctifie la vertu.

Les livres mauvais sont de deux sortes : ils contiennent quelque chose ou contre la foi ou contre les bonnes mœurs ; les uns et les autres sont un poison très dangereux, et d'autant plus que le poison coule plus doucement dans un style fleuri ou rempli de pointes d'esprit et de railleries ingénieuses et surprenantes.

i. Imitez les abeilles qui ne se reposent jamais sur des fleurs pourries, sachant bien que leur miel en serait corrompu ; fuyez les livres qui par leur haleine pourraient flétrir votre pureté.

2. H y en a tant d'autres qui ont d'aussi belles paroles, et qui contiennent de très pures et très brillantes vérités.

3. Il faut rejeter même les choses les plus attrayantes, lorsqu'il y a un mauvais mélange. Il n'y a nulle eau si salutaire dont on veuille boire lorsqu'elle s'est jetée dans la boue ; ni viande si exquise dont on veuille seulement goûter, si l'on a quelque soupçon qu'il y a du venin dans le plat, fût-il d'argent, d'or et de pierres précieuses.

Beaucoup moins faut-il perdre de temps et embrouiller son esprit dans la lecture des livres hérétiques ou soupçonnés de contenir quelques erreurs. Les vérités de notre foi sont surnaturelles, et par conséquent élevées au-dessus du raisonnement humain ; les hérétiques s'en tiennent à la pure nature et ne portent pas leurs pensées plus haut que leurs sens, et au plus, ils se tiennent dans le raisonnement naturel. Quoi donc, si notre entendement ne peut pénétrer la nature d'une abeille, d'une fourmi, d'un ciron et de la moindre des herbes, comment pourrait-il concevoir les ineffables mystères de la Très Sainte Trinité, de l'Incarnation, de la prédestination, du Saint Sacrement et des autres vérités de la foi ?

Modérez votre curiosité, et vous perdrez ces fantaisies

de vouloir savoir ce qu'il faut croire ; la science se connaît par la cause ; la foi se perfectionne par l'humilité et par la soumission de notre jugement à l'Eglise qui est, dit saint Paul, la colonne et le soutien de la vérité, et qui ne peut se tromper.

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